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Adore
de Dahlia

 

Les chaînes, c’est trop dire, il s’agit ici de chatterton noir, encore que, pour faire bonne mesure, il soit doublé par des cordelettes, fines et solides.

L’objet de la passion, et de tous les reproches, est solidement attaché, bouche bâillonnée par la même bande collante, auditeur assuré de sa geôlière. La scène peut commencer. Bien sûr, c’est un monologue, un procès à charge. La parole est à l’accusation, la jeune femme en noir, qui fume, qui l’a drogué et attaché, a beaucoup à lui reprocher, beaucoup de justifications à demander, et le procès n’est pas fait pour être équilibré, c’est un tribunal d’exception, vae victis.

Mais qui est la victime ?

Comme dans toutes les justices de vainqueur, le jugement conduit par les gagnants contre l’ennemi réduit à l’impuissance, prend l’allure d’une mise en scène. Coupable. Il est et il sera coupable.

Que l’auteur me pardonne si je diverge de son livre, mais il n’est pas question qu’un Saddam Hussein, qu’un Milosevic, qu’un Douch, plus tard qu’un dirigeant déchû Lybien ou Egyptien, puisse justifier de son innocence. Les procès de vainqueur ont une valeur cathartique, il s’agit de prouver le bien fondé de la guerre ou de la révolution menée. Sur le fond, ce sont des procès spectacle, comme les procès staliniens du reste, il s’agit de prouver à tous qu’on a raison et si possible, même au vaincu.

Retour au livre.

Anabel, amoureuse éconduite, a capturé Verlaine, son amant indélicat, qui a rompu d’un sms. Pourquoi ? Comment ? Le huis clôs, savamment réduit par l’auteur d’un affrontement en un procès à charge, se charge de dérouler l’historique des torts et de la muflerie masculine.

La mécanique est installée avec précision, qui décortique l’histoire et le narcissisme de Verlaine, belle gueule, auteur à succès, traité avec attention par son éditeur, coureur de jupes et de string. L’animal a le succès facile, le triomphe sans modestie, et exécute ses conquêtes l’une après l’autre, les ignorant avec autant de facilité qu’il les a conquises.

Le récit, quoique adoptant un regard passionnel et psychologique sur le déroulé de cette captivité, a des connotations SM sous-jacentes, un goût d’échange de pouvoir, qui le pimente un peu. Mais là n’est pas son sujet.

Tout le récit de sa captivité, mène à la condamnation du séducteur mais aussi à sa rédemption. Il faut, pas à pas, qu’il revive avec Anabel les étapes de leur histoire, pour qu’il prenne conscience à mesure que s’allonge son interrogatoire (muet), que l’exécution d’Anabel, car il a été auparavant le bourreau, résultait non pas de son indifférence mais de sa peur de l’importance qu’elle pouvait prendre pour lui. De sa peur d’aimer.

Au terme du procès, pas de jugement finalement, il suffit de la conversion.

Les affaires d’amour se résolvent dans la passion et le retour de la foi. Lorsque finalement, Verlaine est libéré, abandonné seul dans son appartement, il ira de lui-même porter ses croissants et sa repentance à la porte d’Anabel. Et l’amoureuse, éconduite puis à présent aimée, explique sa motivation, non pas par un désir de rendre la monnaie de sa pièce à un butor, mais par le souci de lui ‘donner le courage de prendre la décision’.

La mécanique du livre, sa mise en place fonctionne bien.

Il me manque quelque chose, qui est de croire en cette soudaine conversion de la dernière heure. D’où tient on que les conversions obtenues par l’inquisition aient jamais été profondes. Qu’un choc psychologique puisse amener à un revirement et un retour de passion ponctuel, auquel l’indélicat lui-même croirait, soit. Verlaine est décrit assez veule sur pas mal de points pour imaginer qu’un peu effrayé par une situation, il puisse faire le choix d’aduler sa geôlière comme des otages parfois se mettent à l’écho de leurs ravisseurs. C’est le syndrome de Stockholm.

Que cette conversion soit profonde, qu’il ne redevienne pas trois semaines plus tard l’égal de ce qu’il a été, c’est un optimisme dont je loue l’auteur, mais auquel j’ai du mal à adhérer. Le récit manque peut-être finalement de constance dans la cruauté.

Il aurait été prudent, Anabel, de ne pas retirer à ce Verlaine son collier, au terme du huis clôs. Si cette histoire n’était pas un roman, et se continuait deux ans, comment croire qu’elle ne se termine pas de nouveau mal ?

 

 

 

 

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