L'Alexandrie antique de Pierre Louÿs tourne autour du mythe de la Déesse. L'aimantation de l'homme vers la femme magnétique est d'ailleurs la force qui met en branle chacun de ses livres. " />
 
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Aphrodite
de Pierre Louÿsi

La déesse Aphrodite a cent visages, mille corps, cent milles sourires qui percent l'amant et l'amante d'un même rayon, or et ténèbres. L'Alexandrie antique de Pierre Louÿs tourne autour du mythe de la Déesse. L'aimantation de l'homme vers la femme magnétique est d'ailleurs la force qui met en branle chacun de ses livres. Dans celui-ci, cette réalité intime qui par la passion, l'amour ou la luxure est présente dans la vie de chacun (assouvie ou impossible) prend toute sa place publique dans la citée.

Nous sommes au 1er siècle avant JC, Les courtisanes tiennent leur place auprès des philosophes ou des négociants et le temple de la déesse des amours domine la citée, entouré de ses prostitués sacrées. Son autel est visité par les hommes comme par les femmes, jusqu'à la reine Bérénice qui a prêté son corps pour servir de modèle au sculpteur Démétrios pour qu'il sculpte à son image la statue d'Aphrodite placée au centre du sanctuaire.

Mais la Reine est pour le sculpteur une histoire passée, l'amant royal fait encore brûler l'ardeur de la Reine mais lui est déjà froid comme ses marbres. C'est un Narcisse de marbre qui ne regarde plus d'autre beauté que celle tirée de ces ciseaux. Il ne trouve plus aucune femme émouvante si ce n'est celle qu'il a fait jaillir de la matière pour représenter la Déesse.

Cela ne plait pas tant, sans doute, a celle qui porte tant de noms, Vénus ou Astarté selon les lieux ou les siècles. Pour que vacille cette apogée fossilisée du culte voué à Aphrodite, qui dénature la divinité de la Déesse parce qu'il en retire la vie, il faudra que surgisse Chrysis.

Alors, de sacrilège en profanation, la mort le dispute à la vie, le tragique à l'antique, la chair à la pierre. A la poursuite de son idéal, Pierre Louÿs mêle le mystère oriental et au mystère antique, la poésie à la prose, pour faire naître sous la forme de Chrysis un désir pur, attentat a la raison et a tout ce qui ne serait pas exultation de la passion.

Évocateur, provocateur, il écrit un roman poème obsédé par la beauté féminine, qui sera un des plus grands succès de libraire de la Belle Époque, lui apportant dès ce premier roman une célébrité immédiate. Il y gagna aussi l'admiration de tant de lecteurs et lectrices pour qui, à la charnière du 19 ème et du 20ème siècle, Aphrodite fut une initiation unique à l'érotisme et à l'idéal.

" Tes lèvres sont des fleurs délicates où est tombé le sang d'une biche.
Mes lèvres sont les bords d'une blessure brûlante.
Ta langue est le poignard sanglant qui a fait la blessure de ta bouche.
Ma langue est incrustée de pierres précieuses. Elle est rouge de mirer mes lèvres."

 

 

 

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