La revue Le laboratoire Les salons L'oeuvre Les plumes

 

 

Au Dream"s Club
d'Anne Auraque


La reine des salopes. Elle arrive armée de toutes ses p'tites salopes : "les salopettes". Le Dream's est plein à craquer comme tous les samedis soir. Les deux videurs lui cèdent aimablement le passage, regardent son cul et sourient les mains en calotte devant leur braguette. Ce fabuleux arrière train pulpeux qu'elle balance tout en souplesse. Cette pomme ferme et molle pendue à ses reins comme un homme implorant. Quelques pas derrière, les salopettes s'agitent, trépignent et rient convulsivement. Elles suivent fièrement et fidèlement leur maîtresse. Un groupe de cinq nymphes, chacune à sa beauté, son accident de parcours et son charisme sexuel. Une peau brune et dorée à la chair ferme, un regard vert de beauté perdue, un bout de petit sein au téton noir déborde de son trop petit sweet. Une rousse albâtre, la bouche rose et la langue carmin, une blonde à la jambe effilée, les seins charnus dégoulinant de son débardeur, la pupille dilatée de plaisir.

Les cinq plus belles muses et leur icône viennent de faire souffler le sirocco au Dream's Club de Remiremont. Le palais des ouvriers, des maisons abandonnées et des crevasses planquées sous l'asphalte quand la mine travaillait encore. Le vide intersidéral qu'on ne prend même plus la peine de noyer "chez Francine". Sans que je détienne une explication sociologique, il y a un grand nombre d'éclopés et de déficient mentaux.

La reine des salopes de Remiremont est entrée au Dream's comme tous les samedis. A cet instant, le temps se suspend, le vide se remplit d'air chaud et humide. L'horizon est pour une fois incertain mais prometteur. Tant qu'elle et ses belles acolytes mouleront leurs mamelles dans de la fibre confinée, leurs fesses dans une coque de braise et que la bosse provocante de leur pubis tirera leur marche vers l'avant, Remiremont jouira de quelques heures d'oubli et de magie. Juste une nuit, un coït magistral avant la mort diurne.

La foule s'écarte doucement sur le passage de la reine. Les femmes la toisent, l'envient, lui sourient, la complimentent, voudraient bien être son amie, faire partie de ce cercle vicieux et être à leur tour l'élue de tous les regards. Mais l'équipe est au complet, les cinq membres attelés à la tête de gondole forment le vaisseau spatial le plus puissant de la nuit. Il atterri sur le dance floor dans un halo de fumigène, sous les reflets des spots criards. Le ciel s'excite et découpe les formes en flashs blêmes stroboscopiques. Une bouche vernie, des cheveux à la vanille, un ventre humide. Mon dieu qu'il fait chaud. Le bar s'anime, les hommes commandent, un bouchon saute, un bouton explose. Les conversations s'animent, les serveurs s'empressent et les femmes se pressent d'aller se re-maquiller. En queue devant le miroir dénudé d'un sanitaire noir mate jonché de papier mâché et de flaque d'urine, les femmes s'inquiètent. Tirent brutalement l'élastique de sa queue de cheval, la barrette entre les dents, poudre ses joues, essuie un trait de noir, frictionne sa chevelure pour la rendre plus sauvage, lisse ses lèvres et remonte son jupon.

On rit plus fort accoudé au bar bordé de lumière, les lèvres susurrent entre les pailles. Les hommes ne sont pas très beaux mais la pénombre pudique masque leurs traits ahuris et laisse un peu de place aux fantasmes. Leurs corps en revanche se passent de drapés. La plupart ont les épaules larges, la peau du nord, la cuisse sèche et musclée, leurs mains épaisses aux ongles rongées sont touchantes de maladresses. Les voix sont souvent éraillées par le tabac et l'alcool outrageux. L'accent est très prononcé sans sophistication. Tout comme les conversations. La voix s'échappe de la bouche sans vraiment être attentive au contenu. Rien n'est prédit, tout est impulsé. C'est le langage primaire du corps mêlé aux pressions sociales, à la violence d'être, aux cris exultants contre le vide. Ici, dans les bas-fonds de Remiremont, tout peut chavirer très vite. La violence est à deux pas, quelques verres encore et le peu de tabous qu'il reste va échoir. Perdre le contrôle dans l'ivresse, hurler, baiser, violer, insulter, tabasser, s'écrouler ivre sur des bouteilles éclatées, s'étouffer dans son vomi, s'éclater en bagnoles GTI et mourir décapité. Frôler la mort le samedi soir pour racheter sa vie sur terre, plus précisément sa vie à Remiremont. Avoir une semaine de plus en sursis avant d'aller éjaculer enfin sur la moquette poisseuse du Dreams Club.

Et les femmes ferment les yeux sur la piste arrondie. Les mains dans les cheveux simulent une poigne d'homme, elles annonent les paroles et tordent leur hanches. La peau douce du ventre s'étirent et ondulent comme une pâte qu'on pétrie. Elles gardent la bouche légèrement ouverte à toute proposition, leurs jambes « switchent » sur le sol en hissant et baissant leur cul comme un drapeau. Alors que leurs genoux ronds s'apprêtent à lécher le sol en dandinant, les cuisses écartées par le mouvement dévoile une culotte, la protubérance du pubis, la plissure de l'aine juste à la racine de poils fins et soyeux. L'entrée des fesses se découpe derrière le carré voluptueux de la petite culotte resserrée en fil par la raie aguicheuse, la terminaison nerveuse de leur colonne vertébrale. Les ombres se découpent contre les murs rouges, des hommes assis sur les canapés obscurs scrutent les mouvements des danseuses. Les veines de leur magnifiques bras diaphanes enflent comme une ampoule surchauffée. Les tempes noueuses frappent comme le whisky glaçon. Les fauvettes excitées dans l'arène attendent leur gladiateur, stimulent et simulent leurs étreintes fulminantes. L’homme aux vinyles sans crépis, garagiste le jour, bande tranquillement derrière ses disques et ferme les yeux. Retient savoureusement sous sa paupière le corps ambulant des femmes excitées. Les décibels ondoient sur la piste dans une mêlée de cheveux, de peaux brillantes et de tissus réflecteurs.

La reine des salopes ondule jusqu’à la cabine obscure en fixant l’homme-son des yeux. Les mains dans ses cheveux bruns relevés en mèches infinies qui lèchent la courbe de ses fesses et se coincent dans sa raie…elle danse, la salope. Son corps souple est traversé par le rythme lent et régulier. Le même mouvement toujours, une divine répétition, une cadence inextinguible.Elle le regarde, son pubis serpente devant la frêle cabine. Lui, ouvre à peine ses yeux. Il la sent, juste là, son odeur, sa sueur, sa sincérité. Un autre disque, un autre doigt posé sur les gammes de l’émotion, elle danse encore, le regarde toujours. Ils sont à un mètre. Il reste debout, le casque sur les épaules. Le visage levé vers le ciel droit, les paupières closes. Le corps de la salope persiste dans sa rétine qu’il couve comme un trésor. Tranquille, à l’abri du monde avec sa plantureuse salope. Il remue mécaniquement la tête pour accompagner la cadence désaxée de sa belle. Son sexe gonfle tranquillement. Un autre disque.

Miranda donne un coup de coude à sa copine somnolente sur le bar.
- elle va s’taper l’dj cette salope !

Et pour Miranda, chômeuse qui rêve à Remiremont, avoir les faveurs du DJ, c’est gagner au loto de l’amour et s’épargner les pannes de voitures le jour. Miranda commande deux autres Malibu banane et réajuste ses fesses sur le tabouret. Sa copine reste avachie, les yeux vides sur le dancefloor en feu. La salope et ses abeilles absorbent tous les regards, stimulent les énervés et terrassent les affaiblis. Miranda alpague une connaissance tandis que sa copine se rêve dans la petite salle derrière la cabine du DJ. Elle fait du bouche à bouche au champagne avec l’homme au casque et à la casquette. Elle rêve la porte ouverte, le son plus fort encore, la foule dans le noir et les rougeurs danse pressée et rentre presque dans la cabine. Le DJ la plaque contre le sol, lui donne de goulûs coups de langue qu’elle aspire comme de l’air pur. Les danseurs ont envahi la pièce et dansent chaudement sur des rythmes électroniques sexuels. Le couple habillé se dévore. L’homme la presse contre le sol, son corps à elle s’enfonce dans le lambris comme une moulure dans du ciment frais. Ils crient ensemble par accoup. Entre la douleur de s’aimer si fort et le plaisir. Nerveusement il soulève son cul, débraguette son jean et sort son penis bandé, rouge. Il la percute en la regardant intensément. Elle hurle forcément…elle hurle, elle hurle Miranda parce que la musique est forte et que son pote, il entend rien à c’qu’elle raconte. Il se rapproche, pose sa main sur le genou de Miranda, ses lèvres humides et son sourire de mec bourré se collent à ses oreilles et frôlent parfois les muqueuses labiales de Miranda.

La reine des salopes retourne consulter la protubérance de l’homme-son. Sa tumeur est intacte, elle danse dans son jean, pulpeuse, chaude et humide comme la reine sur le dancefloor. La copine de Miranda se grille une blonde et trinque son Malibu Banane avec le copain du copain à Miranda.

Le champs de carrosse, le parking du Dream’s, est plein de taules. Des groupes squattent les voitures aquarium. Les basses cognent les pare-brise et les vapeurs des désirs troublent les vitres. Les hommes en général sont à l’avant tandis que les filles, sac à main sur les genoux s’enlacent derrière et s’offrent, câlines, au rétroviseur miroir des hommes libidineux. Un garçon sort titubant de l’habitacle pour aller uriner sur les roues du carrosse ébène.

Au milieu du parking débarquent la salope et ses nymphettes. Leurs silhouettes sensuelles se déchirent sous la lumière des phares. Un instant, les mots se taisent dans les voitures et la musique cogne de plus belle. L’espace est immense, c’est un parking au milieu du monde, sur pilotis dans la stratosphère. Les muses s’approchent d’une voiture campée dans le coin le plus sombre. La reine se penche sur la vitre du chauffeur. Ses fesses se déploient sous sa jupe de sky qui rétrécit au moindre pas. Tous les habitants de la nuit de Remiremont observent la scène, reste muets. Les nymphettes autour de la reine chahutent entre elles et s’échangent les bouteilles. Leurs jambes titubent, se plient sous le poids de l’alcool. La voiture fait jouer ses phares. Les ombres sublimes dansent sous des yeux injectés.

Dans une voiture embuée, non loin des fesses de la déesse, une jeune fille assise au volant, la bouche entr'ouverte, regarde la scène du coin de l’oeil gauche. Un jeune garçon, la tête entre ses jambes, la savoure tranquillement, y met les doigts. La fille crie plus fort sans lâcher la salope des pupilles et son conducteur masqué par les vitres fumées de sa caisse et ses lunettes. L’oeilleton de buée rétrécit et ne laisse plus qu’entrevoir la chute de reins alanguie de la reine qui se trémousse près de la portière. La jouisseuse cunnilinguée essuie la vitre d’un revers de manche et crie plus fort pour distraire l’attention du lécheur. La voiture fumée a démarré, la reine et ses salopes s’en sont allées.

Et puis les slows, bien que même à Remiremont, on sait que ce quart d’heure est passé de mode. L’homme au casque débande doucement, ouvre les yeux et regarde la piste se vider. La salope et ses femmes gracieuses déambulent dans la boite noire. Les lumières rouges asphyxiées par les fumigènes virent au violet. Les notes mélancoliques ouatent l’atmosphère. Un silence honteux s’installe. Miranda rallume une cigarette. Les hommes vont quérir une bouteille au bar. La queue des toilettes se rallonge. Les quelques couples discrets se confient. L’homme au casque ferme les yeux. La reine se niche dans un canapé rouge à l’ombre des doléances. Les volutes de fumées ondoient, sensuelles comme des fantômes et troublent le néant. Tout le monde est assis, au bar, sur les canapés, les toilettes, les escaliers, les couloirs. On regarde le cercle vide. La boule à facette tournoie, ses faisceaux éclairent un oeil, un sein huilé, une boucle dorée, un ongle vernis. Le serveur, enfin en pause, s’adosse contre la caisse, tire sur sa clope et rejette lentement la fumée bleutée. Tout l’air converge au centre. Les silhouettes restent immobiles sur les canapés, les corps s’avachissent, les visages se ferment, désinvoltes, les femmes font mine d’écouter et repoussent leur fantasmes sur la piste.

Un couple s’enlace au milieu de l’arène, se regarde intensément et balade sa bulle dans la rondeur enfumée de la piste. Leurs visages s’absorbent et se noient. Tout se liquéfie : la salive, la sueur, le sperme…les corps larmoient et se colmatent. Les langues pointues et curieuses tournent et retournent la question. Les doigts humides fouillent les muqueuses offertes. Les bouches en O se sucent goulûment. Les mains s’enchevêtrent dans les cheveux humides. Leurs corps pressés sont cajolés de lumières et de fumées. Leur pulpe fluide divaguent sur les joues rosies, sucent les lobes et lèchent la nuque frileuse. Douces et fermes, les mains serpentent entre les vêtements et cherchent la chaleur. Les tissus se froissent et délogent le moindre pore. Les perles de sueur voyagent : les épaules, le ventre rond, l’aisselle liquide, les seins aux tétons frémissant. Les chairs frissonnent. Les yeux se dévorent et pleurent. Le halo de lumière pailleté embrase leur peau. Une main mouillée glisse de la colonne cambrée à la raie souriante. Les chairs gonflent et respirent. Les sexes dégoulinants se lovent l’un dans l’autre. Ah ! Ah !ah !ah !ah ! la queue leu leu ! Ah!ah !ah !ah ! la queue leu leu ! Tout l’monde s’éclate…

Miranda tire son amie molle par le bras et l’entraîne sur la piste. Tout l’monde s’éclate. Le serveur s’agite, tend l’oreille en rinçant des verres. Tous se pressent au bar, étirent le cou comme une nichée d’oisillons. Les portes- monnaie s’ouvrent, les poudriers claquent, une paille vrombit entre les glaçons. Un adolescent blême vomit la tête flanquée sur la cuvette.

Il est cinq heure, la reine et ses nymphettes sont assises sur des canapés de vinyles rouges. Ils crissent sous leurs fesses échaudées. Elles rient, elles boivent. La blonde étale sa longitude sur la banquette et pose sa tête sur les cuisses charnues d’une belle brune. L’une des nymphettes s’est courbée à l’envers sur le dossier du canapé et chahute avec la reine. Elle saisie l’un des escarpins de la reine et fait mine de s’enfuir avec. La reine la rattrape doucement par les cheveux et se plaque contre elle sur les coussins moelleux. Ses longs cheveux moirés caressent sa poitrine soyeuse et viennent chatouiller le visage coquin de la rousse insolente. Elle se dégage de sa prison dorée, saisit la bouteille de champagne et verse le liquide dans l’escarpin. La reine éclate de rire, la blonde se redresse, prend la bouteille et boit d’un trait. La rouquine se dresse, pose un pied sur la table :” A votre santé !” et boit comme assoiffée l’ambroisie dans la chaussure. La reine se renverse dans son fauteuil en riant, elle tend son pied résille. La rouquine fière, s’agenouille, révérencieuse et lui remet sa pantoufle de verre. Un groupe de mâles les observent en buvant. La blonde, un bras enlaçant son amie, les salue. Les hommes surpris retournent à leurs verres, se concertent. L’un d’eux se lève et se dirige vers le cercle vicieux. Il invite les nymphettes à leur table. Elles acceptent, chahutent et crient entre elles. L’homme se poste timidement devant la reine et la convie. Elle sourit et fait non de la tête. Il s’en va suivi de sa nuée de nymphes. Ils se serrent tous sur la banquette, une bouteille arrive, la reine passe charnelle sous leurs yeux. Elle les salue de ses doigts d’or et s’éloigne sur la piste. L’un des hommes, la bouche brillante et carmine, la suit du regard et poursuit sa conversation avec sa jolie rouquine.

Des couples se chauffent sur la piste. Les filles adoptent des postures aguicheuses, simulent la masturbation (comme dans les clips qu’elles ont vu). Les hommes les accolent à leur pubis et retiennent d’une main assurée leur dos renversé. Des mains pressent les fesses moulées. Sous le halo central de lumière, la reine ondule son triangle d’or. Elle fixe le DJ dont la main leste tourne un potard, module un effet. Deux doigts stoppent le disque dans la course, le vinyle repart, l’homme fixe la méduse.

Dehors, le parking s’est vidé. Restent quelques mutants errant sur le bitume. Un homme vomi dans un pot de fleur sans fleurs. L’un titube en urinant. Un couple s’excite sur un capot. Un groupe braille des comptines à boire. Une merco fait un dérapage d’adieu. Trois personnes accroupies fouille le sol avec un briquet. Des verres volent en éclats au hasard des retombées. Les mobylettes rugissent. Deux filles poireautent accrochées à leur sac à main. Le jour se lève sur Remiremont mais la grisaille des façades retient encore un peu la nuit. Une nuit encore bien tenace entre les murs du Dream’s Club où les danseurs affamés détendent leurs muscles en buvant férocement.

Miranda s’est trouvée un homme pour la nuit, sa copine, les clés de voiture en main, somnole sur la banquette tandis que le couple se complimente avec la langue.
Le DJ laisse couler ses disques, sirote un verre en discutant avec le videur. Il prend l’air intéressé de ceux qui n’écoutent pas et jette des coups d’oeil sur la piste. Surveille son blason doré, sa salope amoureuse de son. Elle se déhanche toujours et sans fatigue au milieu des éclopés enivrés, des énervés inassouvis, des filles lassées, des gais éméchés.

Le corps d’un homme fend cette foule miraculée et s’écrase brutalement sur le dancefloor. Une fille recule et tombe.L’homme bondit sur ses jambes, les yeux injectés de haine. Il abat son poing sur la face blême d’un grand roux. Sa lèvre craque sous la pression, le sang gicle. Le videur intervient et retient l’attaquant qui lui assène un magistral uppercut. Le grand roux écarte le videur d’un bras veineux et se jette sur son adversaire. Le plaque au sol, les genoux pesant sur les épaules du prisonnier, il lui mord l’oreille à sang. Un homme hurle au Dream’s Club. La musique s’arrête. Deux autres hommes se précipitent sur le roux déchaîné et le tabassent à coup de talons dans la face et les côtes.Un deuxième videur débarque et repousse les attaquant à coup de talkie walkie sur les pommettes. L’homme au sol, l’oreille déchiré, débarrassé du roux, se redresse cahin-caha et chope une bouteille qu’il assène sur la tête de son assaillant. La masse rousse s’affaisse, titube et s’écroule sur le sol maculé. Une fille hurle et pleure. Le DJ range ses disques. Miranda accourt auprès de son homme blessé, dans la mêlée elle ramasse une beigne et s’en va rouler contre la banquette où dort sa copine.Sa tête cogne violemment le pied de la table. Le choc réveille son amie en sursaut, le trousseau tombe de sa main et vient s’écraser lourdement sur le visage inerte de Miranda.

On évacue la salle, les soldats sont virés dehors à coup de pieds et poings. Ils continuent leurs valses compulsives sur le parking. Il fait jour. On fait partir toutes les voitures. Les flics arrivent.
Carine soutient Miranda par les épaules et la hisse jusqu’à sa Ford. En démarrant, elle aperçoit la reine et le DJ. Il pose sa veste sur les frêles épaules de son ange denudé. Ils montent dans une caisse et s’en vont. Miranda allongée sur la banquette arrière colle un mouchoir tacheté de sang sur son visage tuméfié. Les yeux hagards, elle fixe le ciel blanc. Le paysage défile. Carine allume le poste. Miranda râle. Carine éteint, allume une clope. Des arbres sans feuilles bordent l’allée uniforme de la cite ouvrière. Les volets sont clos, les voitures dorment à côtés des garages. La pompe à essence est ouverte, des poids lourds font la queue. Une pancarte rouillée “Bienvenue à Remiremont” tranche le ciel d’un soleil jaune et d’une mer bleue graphique.

 

 

 

 

Contactez le Directeur de la RédactionContactez la WebmistressPlan du site

© La Vénus Littéraire (2005-2008)
ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF