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SLEEPING BEAUTY
Julia Leigh
Mai 2011

DU PRIX NOBEL A LA PALME DE CANNE ?

Sous le titre Sleeping Beauty, l’australienne Julia Leigh vient de présenter à Cannes un film qui lui vaudra peut-être une palme, mais qui a déjà, sous la plume de Yasunari Kawabata obtenu le Prix Nobel de Littérature et l’un de ses romans les plus admirés, "Les belles Endormies", racontant l’exacte même situation.

Kawabata, dans la liste des Prix Nobels de littérature, est sans doute celui dont l’œuvre marierait le plus intimement littérature et érotisme. Dans ses Belles endormies, un vieillard fréquente un établissement où des jeunes femmes endormies, droguées ou feignant l’être, sont offertes à la lubricité ou à la poésie de son regard.

Le narrateur de Kawabata rêve éveillé plusieurs nuits auprès d’elles, de leur jeunesse et de son âge, de ses amours passées et des désirs qui traversent encore son corps sur la pente de la mort.

C’est le sujet exact de Sleeping Beauty, dont Julia Leigh ne nie pas qu’elle ait été inspirée par l’écrivain Japonais, mais la caméra de l’australienne suit le personnage féminin, interprété par Emily Browning en belle endormie, lorsque Kawabata attache sa plume a Eguchi, vieil homme venu pour la première fois se reposer dans une curieuse demeure.

Cette demeure, c’est une maison privée, dont l’hôtesse accueille des hommes dans le lit de jeunes femmes, droguées, offrant leur nudité à l’adoration ou l’abus de messieurs qui ont pour seule interdiction de les pénétrer.

Chez l’un comme chez l’autre, la luminosité est étrange, l’éclaire est celui d’un clair de lune froid, irréel, éclairant des tableaux inacceptables mais beaux. La névrose et la sublimation sont étrangement mêlées, le surréalisme prévaut sur l’érotisme.

Lorsque Kawabata reçoit la distinction du Nobel, en 1968, sa conférence ne fait écho à la sensualité qui baigne son œuvre, poétique et transgressive. Il préfère en deux vers qu’il cite de Ryokan, moine bouddhiste et poète.

« Je me suis demandé encore et encore quand elle viendrait
Et maintenant nous sommes réunis. De quelles pensées aurai-je besoin. »

Ces deux vers sont nés de la rencontre par Ryokan, au même âge de soixante-neuf ans qui est celui de Kawabata lorsqu’il le cite, de la jeune none Taishin, vingt neuf ans dit-il, dont il tombera profondément amoureux. En attestent grand nombre de poèmes d’amour passionnel qu’ils échangent.

Derrière cette citation allusive, ces deux vers qui ne dévoilent rien, on devine une sincérité absolue, celle d’un homme qui à écrit huit ans plus tôt la même union obsessionnelle entre le vieillard et la fraîcheur et la beauté. Il l’a écrit dépouillé du couvert de l’amour, dans le contexte d’une institution de prostitution, un désir à cru habillée du seul parement de la poésie, mais sans l’hypocrisie d’aucune autre justification. Lorsque je lis cela, remets ces indices épars en perspective, je ne doute plus un instant de la réalité de son empathie envers Ryokan, au point qu’il se suicidera pratiquement au même âge.

L’écrivain est honnête, au sens littéraire du terme, lorsqu’il écrit les Belles endormies, et tu ne doutes plus que le goût des jeunes filles, chez cet homme vieillissant, il le ressentait dans son âme et dans sa chair comme il l’a écrit, et il importe peu en terme d’écriture que par l’un ou par l’autre, cela ait été consommé ou non.

Comment demander à Julia Leigh, ce qu’elle répondrait à l’aune de la même question, de l’enracinement de son sujet au cœur de sa propre expérience, de sa propre émotion.

Bien sûr, la vérité cinématographique, comme la vérité littéraire, ne se nourrit pas nécessairement de l’expérience directe, la caméra comme le livre transpose, le metteur en scène comme l’auteur sont des chambres de résonance (ou des chambres noires) révélant le monde qui les entoure.

Les tabous restes immenses, la noirceur et la beauté qui se mêlent à la pulsion érotique, qui seule permet que survive une espèce, reste non grata et dissimulée, inavouée, angle mort du discours même lorsqu’il affleure dans l’œuvre.

Sleeping Beauty dérangera beaucoup de ses commentateurs, certains spectateurs aussi, comme les Belles Endormies en 1961 l’avaient fait.

Espérons que ses décalages entre mercantilisation du corps et survivance de la poésie, ce paradoxe de l’humain qui nous sauve, n’empêcheront pas Sleeping Beauty d’être distingué.

 


"Cet air coquin"
Jean-Pierre Ceytaire
Avril 2009

"À la fois acteur en me mettant en scène dans mes rapports amoureux, j’en suis aussi le spectateur, en ayant le regard de mon propre marionnettiste, attendri par les turbulences du désir.
Je peins des hommes souvent ridicules abandonnés à leurs pulsions comme s’ils en étaient des victimes inconscientes, face à des madones sublimes inaccessibles esquissant un léger sourire plein d’indulgence.
Je ne peins pas l’acte mais plutôt ce qui se passe avant dans l’escalier."

Jean Pierre CEYTAIRE est né le 26 mai 1946 à Paris.
Il passe toute son enfance sur la butte Montmartre. Après un parcours difficile au Lycée Condorcet; (renvoyé) il continue des études toujours aussi difficiles (disorthographie, dyslexie, mémoire fantaisiste et sélective). Trois ans perdus pour ne pas avoir le bac. Après, études beaucoup plus faciles il obtient son diplôme de kinésithérapeute et découvre la peinture lors de son service militaire. Il exerce passionnément son métier pendant 15 ans. L’année de ses 40 ans, il organise une grande fête (Gangsters petites putes).
Il décide de changer de cap et offre à une de ses clientes sa blouse et sa plaque. Il se consacre ensuite uniquement au long apprentissage de son métier d’artiste. Très vite, il impose un style personnel par son esthétisme et les différents thèmes d’inspiration qu’il exploite dans sa création: Partagé entre le sacré et le païen et fort d’une œuvre déjà très importante, il a déjà réalisé de très nombreuses expositions personnelles en France et dans le monde.


www.ceytaire.com

Le Musée de l'Erotisme
72, boulevard de Clichy - 75018 PARIS
www.musee-erotisme.com

 

 

 

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