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Babyji
de Abha Dawesar

Société éclatée mais aux structures sociales fortes, voire rigides s’agissant du système des castes, l’Inde n’est pas épargnée par les éruptions du désir. Le conflit entre amour et conventions, présent depuis longtemps dans les films Bollywoodiens, renait avec une dimension plus subversive, parce que ne se justifiant pas de la passion mais simplement du besoin de d’expérimentation et d’individualisation qui s’insinue de plus en plus profondément. L’Inde du 21ème siècle, hybride, est le creuset de mouvements contradictoires, propres à la fermentation d’une réalité nouvelle.

Dans Dehli, cette ville-monde vers laquelle converge toutes les réalités anciennes et nouvelles, Babyji est une lycéenne qui conjugue la découverte de la physique quantique avec celle des passions physiques. Dans un roman initiatique, l’adolescente conduit ses propres expériences, au fil d’un parcours émotionnel en montagne russes à mesure qu’elle explore sa maturité sexuelle naissante par l’expérimentation, confuse, d’amours multiples et parallèles, féminines surtout.

D’une amante à l’autre, autant de fragments différents d’un apprentissage de l’autre. Le personnage est une figure dans l’Inde complexe, fragmentée mais toujours réinventée, d’Abha Dawesar. Cette dernière, jeune auteur, ressemble de trop près à son personnage pour que l’on ne soit pas tenté par la confusion des rôles. A défaut de réalité biographique, on sent l’authenticité d’une expérience encore fraiche, décrite plus qu’analysée, ou analysée avec la maladresse de qui n’a pas encore pris le recul qui en ferait perdre la vivacité.

Au fil d’émotions vives mais volatiles et poussée par la montée de ses désirs, Babyji s’essaye à l’amour d’une femme mûre, y ajoute celui d’une servante de caste inférieure qu’elle fait recueillir et employer par ses parents, complète cela d’un flirt approfondi avec une camarade lycéenne qu’elle initie. Cette triple consommation est d’un égoïsme inconséquent et gourmand, poussée par l’envie et l’instant, même si Babyji se désole parfois des conséquences d’une accumulation pas forcément commode.
Qu’importe, elle ne négligera pas pour autant l’amitié d’un camarade de classe qui l’adule, sans se refuser toujours aux avances de son père, ni forcément que soit exclu du champ des possibles le mauvais sujet de l’école.

Nous sommes en Inde aussi à l’heure de la consommation et de l’accumulation.

D’une façon qui n’a rien d’anodin, ces désordres ne sont pas le fait d’une fille réputée délurée mais d’une excellente élève, l’un des préfets-étudiant de l’école. Les premières de la classe ont gagné dans ce livre le droit à leur revanche sur leur réputation d’ennui.

De façon étonnante, dans les rayons de certains grands libraires, ce livre apparaîtra aussi bien au rayon littérature étrangère qu’au rayon littérature érotique. C’est qu’il est épicé de scènes plus ou moins sages, malgré la pudeur conservée des descriptions les plus explicites, le récit dégage un sentiment érotique.
Les amours féminines décrites ont amené certains employés du livre à rapprocher cet ouvrage de ceux d’une littérature lesbienne. Pourquoi pas. La distinction entre les deux domaines, littéraire et érotique, est le préjugé le plus arbitraire qui ait jamais été inventé.

Il ne s’agit pourtant pas d’un livre à agacer les sens, mais du portrait d’une génération nouvelle dans un pays renouvelé.

 

 

 

 

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