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Prix Sade 2009
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Cadence
de Stéphane Velut

 

Un artiste, un rat, un insecte ou un fou. Le narrateur de Cadence est tout cela à la fois. Dans le prisme de son regard, qu’on imaginerait bien à facette comme celui qui hante Kafka, passent les objets d’indifférence et ceux de ses désordres, sans ralentir son débat interne, à sens unique, poussé par le seul argument de sa pulsion obsessionnelle.

Il emprisonne dans ses obsessions une enfant blonde, puis bientôt une femme, pourtant il ne regarde que lui-même. Cette pulsion qui l’habite et qui le pousse, qui fait son génie et sa monstruosité, tire tout à lui, comme un trou noir personnel. Il cherche à en tenir le reste du monde à distance, pour ne laisser approcher que ceux qui seront dévorés en leur corps, au banquet de sa folie.

Cette déraison place Stéphane Velut en la compagnie de Hans Bellmer et de Georges Bataille, autres référents explicites de son œuvre. Mais les personnages de JG Ballard, inspirés de son roman Crash et de son goût pour l’anatomie des tables de dissection, trouveraient aussi bien leur place de voyeurs au balcon de ce livre où l’artiste enchevêtre le métal et la chair, créant son Œuvre au rythme des bottes qui, dans l’Allemagne de 1933, défilent.

L’histoire est celle d’un artiste, indifférent à la montée autour de lui de ce nazisme qu’il remarque, mais sans vraiment y prêter attention, et qui se sert de la folie environnante pour y trouver les moyens de ses fins. Chargé de réaliser en sept mois un portrait à la gloire de l’Allemagne nouvelle, à partir d’une jeune enfant blonde qui lui est confié en dépôt, il détourne la perversité du monde au profit de la sienne propre.

La jeune fille, 10 ans, 12 ans, on ne sait, sert de matière à deux œuvres, celle qu’il réalise sur commande, le tableau, mais également son grand projet, son obsession, qu’il réalisera dans le sang et la chair de son modèle, en lui attelant un nombre croissant de prothèses qui prennent possession de son corps, en faisant la poupée crucifiée de son fantasme.

Rien ne peut l’arrêter, le détourner, et si la suite du livre appartient au lecteur, il en tournera les pages avec la crainte de trouver à la suivante, toujours pire.

Les phrases sont sèches. Elles se succèdent sans laisser de répit. La cadence de la folie, collective ou individuelle, est celle de l’hallali. Dans les moyens utilisés, dans son phrasé, Stéphane Velut en un livre trouve les moyens littéraires de harasser l’attention de son lecteur et le laisse au bord du K.O. debout, en plein milieu d’une phrase.

Difficile de dire si ce livre relève du registre de l’érotique, il serait douloureux de l'admettre car ce sadisme là est trop mortifère. Mais au théâtre de la cruauté, il ne le cède en rien aux plus féroces de ses prédécesseurs, récompensés par le Prix Sade.

Rien de ce qui est inhumain en l’homme ne peut ni ne doit être exclu du champ littéraire.

 

 

 

 

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