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Confessions d'un pornocrate romantique
de Maxim Jakubowsky

 

J’ai plaisir à chaque fois que je tombe sur un livre érotique qui n’en est pas un. Comprendre, quand j’y découvre un vrai roman, me livrant une histoire dont la trame ne se réduit pas au déroulé d’un fantasme plus ou moins épicé, fut-il plus ou moins proche des miens. Il me faut ce supplément de talent qui conduit le lecteur au fil d’une aimantation qui ne soit pas uniquement celle des sens, mais le fil d’une intrigue ou d’une destinée humaine.

Que celle-ci soit policière dans le cas de ces « confessions » tient à la seconde passion de son auteur (à supposer que la première soit l’érotisme), qui a fondé la plus grande concentration au monde de livres policiers dans sa librairie Murder One Bookshop à Londres. Pourtant la piste suivie par l’enquêtrice est tout autant littéraire puisque le cadavre disparu ou exquis, celui dont-elle s’acharne à retrouver la piste, est un dernier manuscrit du romancier mort. Le livre du pornocrate pourrait être celui de la vérité, qui mettrait des noms et des visages sur les personnages de fictions dont tout au long de sa carrière, il a laissé croire qu’ils étaient issus de passions réelles.

Les voies de la littératures sont donc le fil conducteur, même s’il est semé d’épines sexuées, au fil de flash back où revivent les passions charnelles de l’écrivain, à la recherche d’une première passion aussi flamboyante qu’inassouvie. La fièvre des corps est toujours proches, à chaque étape de l’enquête menées par une tueuse en congé sabbatique, chasseuse et proie à la fois, ayant posé très momentanément son revolver pour le remplacer par l’arme de sa seconde profession, strip-teaseuse. Son corps est à la fois son fer de lance, l’appât dont elle se sert et la vulnérabilité qui l’expose, au jeu croisé des rencontres anonymes sur internet. Les amours brûlent et sont parfois vaches, sur ce terrain où l’écrivain mort revit un chapitre sur deux, pour mourir à petit feu au fil de ces rencontres où il s’épuise, mais non sans une grâce subtile, à la recherche d’une pureté perdue.

Le récit à le bon goût d’éviter tant d’accoucher d’une rédemption de ses personnages que de noircir le trait.
La fin ressemble plus aux nœuds insolubles de la vie qu’au dénouement d’un roman. Le manuscrit se profile mais n’est jamais vraiment retrouvé, plus grand monde ne le cherche plus d’ailleurs, seul l’élan initiale pousse encore l’ex tueuse sur quelques chapitres de plus, après qu’elle renoue avec son métier mortel, sans qu’on ne confirme jamais qui a initialement payé pour l’enquête qui lui a été confié, pas plus que les motifs de l’autre contrat placé sur sa tête.

Les personnages sont poussés par le sexe sur la pente de leurs quêtes personnelles, la fin au dérisoire manifeste laisse une sensation d’inachevé. Ce n’est pas une maladresse mais bien le regard que partage l’auteur d’une sorte d’errance fondamentale, à la poursuite d’un but qu’aucun ne pourra rattraper.

Monsieur Jakubowski est plus qu’un pornocrate, c’est un pessimiste qui n’a rien d’un désespéré, un réel écrivain.

 

 

 

 

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