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Contre l'érotisme

 

Quand j'étais pauvre, je mangeais mal, n'importe quoi. Mon ventre grognait douloureusement. J'avais faim. Comme dans Jean de Paris, je humais avec un plaisir angoissé les fumets des traiteurs à poulets rôtis inaccessibles. Tantale miteux. Je lisais parfois les menus de la devanture des restaurants. Je m'en délectais douloureusement. C'est con, un menu de restaurant, ça ne se délecte pas du désir qu'il provoque. Du plaisir d'être lu. Con comme un livre érotique. Frigide et impuissant.

Il faudrait des menus désirants. Qui se jetteraient sur vous comme des malpropre pour qu'on s'entre-bouffe. Voluptueusement, à la dégueu, avec des sauces grasses partout dans les moustaches et je ne dis pas où, parce que c'est mauvais genre. J'aime bien.

Et puis moi, avec la faim qui restera toujours, j'eusse préféré, nom de d'là, devenir moi aussi un menu désirant, un texte à lire, à déchiffrer, en suivant les lignes d'un doigt appliqué aux ongles pointus... Un menu cannibale. Un peu vachard quand même. Aux ongles, les dents répondent! Tournons les pages, cœur-à-cœur, face-à-face, dos-à-dos, boustrophédon boustifaille en-vers et en prose.

Alors ce serait ça, l'érotisme, une faim de papier? Frisson de caractères à lecture monomane? Une ferveur comme ça, sur une peau de veau, sauf qu'il n'y a plus de vélin, mais du chiffon-récup' ou du bois cultivé. Désir végétarien sans trop de gras juteux. Avec, dès autrefois, des mots à initiales suivies de petits points: oui quand on lisait f..., il fallait passer outre! La vraie borne aux graphies! Poliment accolée au correct à la con! Nous n'en sommes plus là, mais à félins surnommés et à bivalves tus. Ce qui manque de griffes et d'épines aux roses! Suggérer! Quand on suggère on truque, ça me détraque la truculence! La licence nous exclut nous licencie du cul! L'érotisme retient la foutaison loquace! Ça ne suffit pas! Nous avons besoin de plus hautes vertus! De chair qui flambe au barbecue divin des draps, la raison du plumard est toujours la meilleure. Des draps? Ou du gazon quand on le fait champêtre voire même rural! Écrire ça ? Il faudrait deux goinfres. De somptueux goulafres qui se croquent les cuisses! Ça demande un sérieux qui devrait cheminer jusqu'au vrai diamant noir de l'obscénité brute. A pas de géant!

Moi, l'érotisme, bonjour. J'ai partagé des famines plus âpres et même nécessaires. Des trucs à l'air comme ça, mais qui marquent au fer rouge sans besoin de chichi à la cruelle. Chi va sado va maso, d'accord, mais je préfère m'en niquer avec délectation. Et si l'on va piano, soyons bien plus que droits!

Il y a Madame Distance, une chère amie, qui se perd avec moi sur les chemins fleuris d'autres salacités. Loin du papier glacé, vivent les pages brûlantes des épidermes poudrés! Et la vraie distance, l'égard et la grandeur se jouent bien autrement qu'en érotisme chic. Avec le jeu moral, altier mais incongru, d'une révolte opportune. Contre la notion même, bourgeoise et trop cucul, d'érotisme tralala que c'est chic et tout ça. Vertus plus hautes, vous dis-je et giflage de la tronche aux préciosités moites! Madame Distance a le cul éloquent et des tétons tonitruants! Reliés à pleines peaux, nous sommes deux pages blanches à gribouiller griffu! Je pagine ses volumes d'un index excité! Je feuillette, trémulent, ses fêlures enfiévrées. Blanches mais qui se colorent quand nous sommes émus! Ça rosit ça cramoisit : On empoigne le bistre dans l'avalée du lys! Le niveau de la langue est descendu bien bas!

Il y a plus abrupt dans le culte acharné! Le sillon abreuvé, la marée tumultueuse, l'échevelée fringale et la rose épineuse, la blessure du rostre et le faucre alourdi de la lance acérée! Le soc et le safran, terre et mer fouaillées. Et que cela farfouille en tourbillons rageurs. Tellurisme têtu, tripal, tripatouillant, trivial... dès qu'on est dans le vrai, la suavité s'efface! Et le sexe s'accepte en crudité accrue! Autant en faire trop, du moment qu'on le fait!

Soyons inconvenants et non révoltés veules! Il nous faut des stridences et que ça pète le feu! Et que ce soit grossier à la mordons-le nous, voire à la queue-leu-leu en vrais loups devenant cochons qui se déduisent! Foutre, bon sang! Foutre! Et que ça saute! Que ça rissole, que ça mijote! Concoctons! En cocotte, en sauteuse, à la casserole, à poêle! Qu'elle soit saute-au-paf, s'autocuise ma soupape! A vif, à petit feu: qu'importe la cuisson, du moment que l'on braise!

Vive Madame Distance, polie et distinguée, mais qui sait s'alouvir dès le moment-Vénus. Alors elle devient harengère lyrique fleurant bon la femelle ! Voici venir le temps de de la vulgarité fervente aux extases mafflues! De la gravelure goujate ! De la gauloiserie grivoise! De la paillardise gaillarde! De la polissonnerie concupiscente! De l'égrillarde obscénité! De l'inconvenance lascive! Ô Délices luminescents de la cacolalie libidineuse! Osons nous assouvir ! Assouvissons l'osance!
Menu à dévorer, viande justesse ardente, carte et territoire, itinéraire: La chair! Ô territoire! Magnétisant le style de ma boussole aimante vers l'horizon humide: l'origine du monde!

Érotisme cache-misère ou pays de cocagne? J'ai choisi! Elle aussi!

 

 

 

 

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