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Des néons sous la mer
de Frédéric Ciriez

Ciriez pose sur ses personnages de néon et de chair un regard de plein pied. Pas de misérabilisme, pas d’étude sociale, pas d’emphase lyrique non plus, mais une façon d’être un observateur présent et humble, non-engagé, parmi elles. Elles, ce sont évidemment les prostituées, d’ici ou d’ailleurs, qui exercent légalement leur métier au sein de la SARL Olaimp, nouveau nom de baptême de l’ancien sous-marin d’attaque de la Marine Nationale Le Fascinant.

Le bâtiment, arrimé dans la baie de Paimpol et reconverti en maison de joie de seconde catégorie, a trouvé sa nouvelle vocation grâce à l’adoption en 2011 des lois dites de mutation de la sécurité intérieure. Etablissement moyen, conservant une dimension artisanale avec ses 2,4 m d’euros de chiffre d’affaire, Olaimp est propre, détenu et géré par le collectif des prostituées professionnelles associées qui l’ont lancé dans cette nouvelles carrière. Les autres à bord sont des employées, dont le narrateur, préposé au vestiaire, ou des clients, ceux qu’a accepté la physionomiste après les avoir scrutés au travers le périscope du sous-marin.

Olaimp est propre, prosaïque, ni vraiment huppé ni sordidement populaire. L’air iodé et les courants marins corrodent et nettoient à la fois, si besoin était, les hommes, les femmes, les mœurs et les machines.

Ciriez emprunte à tous les genres mais se défend de relever d’aucun, et le roman de la mer le dispute à l’échappée onirique, l’enquête sociale au compte-rendu ethnologique, et si la disparité des styles rend difficile de classer ce livre, qui n’est pas en tous cas un érotique, elle en fait un objet écrit non identifié et par là humain, très humain. Sa réalité disparate, où les figures sont accolées sans réelle continuité, ressemble au quotidien réel de l’univers où nos propres vies se croisent. Il y a plus de récits possibles que de réalités.

Parfois, ce ne sont pas les femmes qui sont au centre de l’histoire mais le sous-marin, dont la vie a commencé bien avant sa reconversion et dont le passé contient aussi sa part d’échos scandaleux.
Parfois, c’est l’ordinaire du narrateur, lorsqu’il quitte le vestiaire du grand cylindre de métal, et qu’il sillonne les routes de bord de côte avec accroché derrière lui un adolescent irrespectueux ou une pute qui espère encore en la vie.

Des Néons sous la mer est un livre atypique mais qui a l’immense mérite de ne pas juger, ni à charge ni à décharge, des femmes qui se passent très bien d’avocat comme de procureur. Au milieu d’elles, ce livre vit, fraternellement, cela suffit.

 

 

 

 

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© La Vénus Littéraire (2005-2008)
ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF