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Editorial litterotique
Tribune Libre

 

A l’orée du 21ème siècle, la littérature érotique a la possibilité d’occuper un territoire bien différent de celui auquel elle fut cantonnée au cours des siècles précédents, 20ème siècle compris.

Cette littérature a connu, au 18ème siècle (Sade) et au 19ème (Sacher-Masoch), des frémissements puissants mais restés isolés, enfermés par la IIIème République et le 20ème siècle dans une morale de médiocres, libérale de nom et conservatrice de cœur, cloîtrant dans les cabinets et les doublures des manteaux la puissance ébranlante des gouffres de l’un comme l’autre auteur.

Anaïs Nin, au 20ème siècle, malgré et à cause de la sensualité de son inspiration, reste longtemps réduite au secret des bibliothèques personnelles et bientôt, les visions généreuses de Sade et de Sacher-Masoch voient leur écho et leurs messages relégués dans l’enfer d’une analyse psychanalytique (Krafft-Ebing, Freud).

Oui, généreuses, les œuvres de ces deux auteurs, parce qu’elles ne s’arrêtent pas à un onanisme de papier, mais qu’elles projettent et proposent au monde une lecture des rapports politiques (Sade « encore un effort Messieurs les Républicains ») ou une réflexion sur les places de l’homme et de la femme en société (Sacher-Masoch), par laquelle le jet noir de l’encre amplifie le jet blanc de la semence.

Ce n’est pas notre propos de discuter ici de l’apport général de la psychanalyse, mais dans sa réduction à néant de la littérature et de l’érotisme, quel aveuglement, quelle étroitesse de vue, quelle médiocrité !

Là où la littérature cherche à tendre vers l’infini, où l’élan charnel transcende tout pour une pulsion vers la vie et la mort qui dépasse l’individu, la psychanalyse cherche la réduction au plus petit commun dénominateur. La démarche est fondamentalement antagoniste, le siècle est malheureusement enfant du positivisme, le psy nanifiera l’immense.

Adieu au 20ème siècle, qu’il repose en paix, puisse le 21ème nous apporter des fruits et des terreaux plus fertiles.

Aujourd’hui, le nu et la provocation sensuelle ont fait si manifestement irruption dans notre quotidien que l'on ne saurait expliquer les tabous qui continuent de peser sur la création littéraire érotique que par sa puissance messianique, dont la plupart veulent éviter l’irruption. Pas plus que les censeurs, les « marchands du temple » de l’érotisme qui tirent bénéfice de ces interdits, en augmentant leurs marges à l'aune de la honte sans raison qu’éprouvent leurs clients, ne doivent plus être respectés.

Au 21ème siècle, la littérature érotique, pour toucher au sublime, ne devra plus se vivre comme une transgression par nature, parce que le droit à l’érotique peut maintenant être assumé et porter de nouveau, vers l’infini littéraire et humain, son ambition.

 

« Que cent écoles ouvrent leurs portes, que cent fleurs s’épanouissent. » (Mao Zedong)

 

 

 

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