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Pensée, histoire et érotisme
Tribune Libre

 

Le cheminement de la pensée, comme celui de la société humaine, trouve une transcription en négatif dans le flux de ces écrits. Pas un mouvement de la littérature érotique, pas une œuvre majeure ou un courant de fond, que l’on ne puisse mettre en relation avec les transformations de l’histoire, ses retours ou ses glaciations.

Au-delà de l’explication des érotiques par le monde dans lequel ils s’inscrivent, je suis frappé dans ce registre comme dans d’autres genres littéraires par la capacité prophétique de l’écriture, jamais systématique, mais privilège d’une fusion particulière parfois atteinte entre l’écrivain et son monde, lui permettant d’encrypter dans la trame de ses livres jusqu’à ce que lui-même ne discerne pas. Qui n’a pas écrit ne voit que l’intelligence à l’œuvre d’un auteur, lequel choisirait dans son écrit de transcrire sa compréhension du présent ou du futur. Mais l’oracle est aveugle, bien plus souvent c’est l’écriture qui s’empare de la plume et emporte l’écrivain là où il ne s’attendait pas à se rendre, dévoilant au papier des éléments imprévus d’un roman. Quand l’invention devient prophétie et la prophétie réalité, il arrive que le créateur ne découvre qu’avec retard, et surprise, la vision qui habitait au creux de ses lignes.

L’anticipation se prête aux prophéties, l’analyse géopolitique aussi, parfois cependant, avec une puissance souterraine, le dit interdit qu’est l’écrit érotique se fait aussi vision des transformations de la société.

Sade en est la plus puissante évidence, lui que le XIXème siècle effaça avant sa résurgence au XXème, à tel point qu’il soit devenu aujourd’hui une présence que plus un penseur de la littérature ou de la pensée politique n’ignore, hors toute considération érotique. Sans doute, avec sa logique sans concession à aucune morale, en faisant la démonstration de l’illégitimité de l’Etat à condamner ses citoyens au nom de vertus que lui-même ne possède pas, a-t-il ouvert la voie aux mouvements libertaires et anarchistes.

Il n’est pas seul. Selon un cheminement opposé, celui non pas de l’égoïsme sadien mais du partage, Charles Fourier, socialiste français à une époque où le mot socialisme n’était habillé d’aucun compromis, est l’inventeur de la communauté mixte partageant les plaisirs sexuels selon un projet global. Le phalanstère de Fourier, communauté volontaire et autosuffisante, devait ainsi planifier ses fêtes et ses récompenses, selon des rituels de joie amoureuse et sexuelle récompensant le travail ou l’utilité sociale, afin de permettre d’atteindre l’intérêt socialiste de tous par le plaisir. Fourier ne fut pas suivit et est épinglé aujourd’hui au titre des curiosités de l’histoire de la pensée politique. Quel dommage peut-être, et pour le socialisme surtout. Ne voit-on pas clairement depuis l’effondrement des socialismes, qu’ils sont morts de ce manque de plaisir et de la sclérose de leurs systèmes qui en est résulté ? Cette incapacité d’un collectivisme simple à motiver, germe de la mort des régimes communistes, Fourier l’avait prédit comme il avait pensé un système pour y remédier, trouvant son moteur dans la joie de l’amour et de la chair.

La satisfaction de chacun menant à l’intérêt collectif, c’est la théorie de la main invisible chère à Adam Smith, penseur du libéralisme économique. Le socialiste Fourier l’a théorisé lui aussi, l’économique en moins, l’argent en moins, l’érotisme en plus. Cela mérite un peu de nostalgie… ou d’espoir, peut-être demain ?

Dans la littérature du présent, érotique puisque c’est ce qui sur ce site nous rassemble, n’oubliez pas lecteurs de scruter la forme du lendemain.

 

 

 

 

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