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Eros

par Julya

 

Trois réalisateurs de grand talent dont l’union improbable accouche d’un tryptique étonnant, saisissant, émouvant, troublant, finalement intense et Beau. Finalement, car c’est effectivement sur le dernier court métrage -celui de Wong Kar Waï- que le spectateur, agacé ou endormi, pourra enfin jouir, se libérer de l’attente sensuelle qu’il était en droit d’espérer lors de ce rendez-vous avec Eros.

Trois courts-métrages qui traitent, chacun à leur façon, le thème du désir à travers le regard de trois personnages : l’homme, la femme, l’objet de fantasme.

« Le périlleux enchaînement des choses » de Michelangelo Antonioni étonne : une histoire usée, éculée à force de banalité, celle d’un couple qui s’abîme, malgré leur amour passé et les promesses d’avenir qu’ils portent en eux, rêvent chacun d’un autre, d’une possibilité, d’un effacement des médiocrités révélées. Quête vaine, désir inutile, l’autre c’est Lui, c’est Elle et la fille sur la plage, l’inconnue si désespérément prévisible, c’est l’extrémité de la boucle …« rien de nouveau sous le soleil ».

 

« Équilibre » de Steven Soderbergh, dont le titre à lui seul est un premier clin d’œil à ce qui pourrait être une farce, une bouffonnerie…un sujet aussi périlleux traité « par-dessus la jambe », joliment osé. Cet homme qui s’allonge sur le divan, c’est vous, cet autre homme qui ignore l’autre, trop préoccupé par ses propres névroses, c’est encore vous, cette femme qui n’est qu’une ombre, c’est aussi nous…on ne rit jamais mieux que de ses propres travers.

 

« La main » de Wong Kar Waï, celle dont on admire les courbes exquises, celle dont on sent l’effleurement délicieux sur le corps et l’âme, celle qui vous gifle enfin, possède en son creux tous les ingrédients d’une recette magique : la sensualité des matières moirées et satinées, le désir jouvenceau, la plénitude mûre, l’humiliation, la frustration, en trois mots : le désir sublimé.

Œuvre bâtie avec des matériaux inégaux, Eros a pour ciment un même constat, une même chute : la propension de chacun d’entre nous à chercher chez l’autre l’objet de son fantasme, spirale infernale, stérile, inéluctable ?

 

Sorti sur écran noir le 6 juillet 2005

 

 

 

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