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Eva Lunaba
Interview

 

Eva Lunaba, qui nous a déjà confié quelques poèmes, répond à nos questions à l’occasion d’une nouvelle
mise en avant par les éditions Manuscrit.com de ses carnets érotiques : Chairâmi.

 

Bonjour Eva Lunaba,

L’érotisme est la racine du monde, puisque sans lui nulle espèce ne saurait perdurer, pourtant, le plus souvent il est recouvert d’un manteau d’ombre. Votre recueil Chairâmi au contraire le porte à la lumière, chante sa joie. Qu’est-ce qui vous permet cette liberté ?

Je ne conçois pas l'amour sans sa facette pimentée. L'érotisme a une saveur toute particulière qui donne à une relation amoureuse toute son ampleur. Cette partie animale qui est en nous, cherche à goûter l'autre. Le découvrir au sens propre du terme, charnellement, intimement, divinement. Dans mes Nouvelles ou poèmes, je m'attarde sur le battements de veines, l'essence même du langage codé. Le décorum ne m'intéresse pas, seule la partition à quatre mains m'inspire. Les mots pour moi deviennent alors des notes. Je suis leur flux comme les haïkus japonais pour en happer le souffle. L'enVie, la fragilité de l'instant, sa légèreté et sa puissance. Le juste équilibre, l'évanescence saisie au vol. Je frôle le mot, le décachète, l'écoute, le magnifie. Jamais je ne le brusque ou ne le viole. Il s'apprivoise comme un amant et je l'aime ainsi. Libre de s'envoler. Je ne cherche pas à plaire, je suis même à contre courant et je cultive cette différence, cette liberté. Je n'ai ni Dieu ni maître, la passion reste la seule source à laquelle je m'abreuve.


Vous avez mis à l’honneur sur la page d’accueil de votre site, le Manifeste Erolithique, lancé sur La Vénus Littéraire. Quelle résonance a pour vous cet appel ?

Il est pour moi éternelle amoureuse, l'intime confession. Aimer pour de Beau… coeur, âme et chair. L'érotisme et la pornographie ont parfois une seule et même définition dans l'imaginaire de certaines personnes. Lorsqu'on lit les confidences de mon boudoir, on devine les ombres chinoises derrière le paravent, on les fantasme, les sublime mais jamais on ne les voit nues. La suggestion est pour moi dans la littérature érotique le plus fervent stimuli.


Aujourd’hui, l’heure est aux auteurs féminins en matière de littérature érotique, alors que le domaine semblait il y a un demi-siècle presque réservé aux hommes. Pensez-vous qu’il y ait une approche féminine de l’érotisme, de sa représentation littéraire en tous cas, profondément différente de celle d’un auteur masculin ?

Je ne pense pas que l'approche soit différente. Mes récits sont autant plébiscités par les hommes que les femmes. Ce ne sont pas nos chromosomes qui nous définissent mais notre sensibilité. L'érotisme est affaire de sensation, chacun a une sensibilité particulière. Je ne me reconnais pas dans des auteurs comme Virginie Despentes, ni Linda Jaivin, Christine Millet ou Christine Angot. Elles ne me font pas rêver et l'érotisme est pour moi un doux songe éveillé que j'ébauche à l'encre. Mais comme la télé réalité, elles trouvent un public qui s'y retrouve et n'est-ce pas là l'essentiel. On a chacun une sexualité qui nous est propre et chacun la perçoit comme érotique ou non. Se sentir bien, épanoui et vivant.


Pour un auteur érotique, poursuivant un idéal d’amour et de beauté comme c’est votre cas, l’interdit ou la honte ont-elle une place dans l’imaginaire érotique. ?

Il n'y a ni censeur, ni coach dans des draps de soupirs. Je n'ai pas d'interdit ou de tabou tant que le respect de l'autre est au coeur du corps accord. Se faire plaisir tout en donnant du plaisir, n'est-ce pas l'alchimie parfaite ? C'est la façon dont on écrit la sexualité qui me dérange. Je n'aime pas la lumière blanche d'un laboratoire, ni la maîtrise du geste qui fait de cet acte amoureux un fade rouage. L'humour est aussi une forme que j'apprécie dans la littérature érotique. J'ai découvert "Clitomotrice" de Sophie Jabes. Son écriture est ronde, fluide et pudique et pourtant elle nous invite à une sexualité sans limite.


Comment votre écriture et votre réalité érotique se nourrissent-elles l’une de l’autre ?

Le mot m'est chair, je tisse ma peau.

Pour l’instant, aux poèmes l’érotisme, tandis que vos livres semblent suivre des trames plus classiques, qu’il s’agisse de roman ou de pamphlets. Avez-vous dans un tiroir secret, ou en cours d’écriture, un grand roman érotique pour nous faire rêver ?

La Nouvelle se prête à l'érotisme, tout comme le poème. Le roman est une position qui m'obligerait à contempler le plafond… Si je m'ennuie, mon lecteur bâillera aussi. La sensualité restera souveraine dans mes manuscrits, mais sa Cour empruntera bien d'autres cheMains...

Interview par Tang Loaëc
le 14 février 2007

 

 

 

 

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