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Rappel méthodologique :

La démarche de « concentration obsessionnelle » vise à l’exploration d’un thème par la montée de fièvre et la concentration, mobilisant tous les éléments que chacun de nous versera dans un creuset étroit. Comme dans une fournaise, c’est la température atteinte qui doit permettre la fusion des chimies internes de chacun des inventeurs, réunis pour réaliser « le Grand Œuvre ». Nous prenons le parti de nous relayer en nombre illimité autour d’un même thème, d’une même scène, à l’infini jusqu’à l’épuiser ou l’épurer.

Femme à moto

_ Exercice de style n°III _
Concentration obsessionnelle

La « Femme à moto » est un cliché aux implications érotiques fortes, par la position de la femme chevauchant un moteur, en fusion étroite avec la machine à laquelle elle se colle ou avec un autre golem caparaçonnée de cuir.

La femme à moto fait rêver, écrivez pour elle, soyez-elle ou son admirateur, sa proie, son idole. Soyez érotiques ou littéraires, érotiques et littéraires, obsédez-vous et concentrez-vous, livrez vos mots et vos images en 10, 30, 60 lignes ...

Des contributions graphiques, croquis, dessins, peintures, photo compositions, peuvent aussi être insérées à condition qu’il s’agisse de vos créations personnelles..


Contributions :

 

Extrait de la nouvelle « Une lame dans le cœur » par Tang Loaëc

« Les arbres défilent. Le vent est semblable aux murs d’un couloir, étroit à en rudoyer nos épaules. Elle le reçoit de front, bien au-delà de la vitesse raisonnable, se heurtant avec obstination à la paroi d’air qu’elle détruit avec la brutalité de son petit corps et des chevaux cylindrés qui grondent sous son mors.

Suzuki, cela commence comme le nom d’un alcool et fini sur ce petit cri, délicat et féminin, si peu à la consonance de la puissance du moteur. Elle chevauche sa moto comme elle me chevauchera cette nuit, soutirant toute sa puissance à la machine pour se projeter en avant, dans la nuit ou dans l’espace, plus loin et à corps éperdu.

« Vanessa … je t’aime ! »

Paroles perdues. Le casque les arrête et le vent les emporte. Elle accélère encore comme si la vitesse la protégeait de mes mots d’amour, chaque parole est balayée à même mes lèvres : peine inutile, elle est bien cuirassée.

Serré contre elle, je sens mon impuissance à la toucher. Dessous le cuir du motard, je bois ma douleur à même son corps, une souffrance mêlée de tant de vie qu’elle ressemble au bonheur. »

 


Contribution de Mademoiselle M.

Après tant d’attentes, enfin je l’aperçue, marchant à vive allure vers celle qui l’attendait sagement. Cela faisait bientôt un mois que je l’avais repéré pour la première fois, et depuis je n’allais au travail que pour avoir ma joie de fin de journée : pouvoir la regarder partir. Qui était-elle, ou allait-elle ainsi tous les soirs, je n’en savais rien.

A chaque fois le rituel était le même : elle s’avançait vers sa moto, telle une panthère, recouverte de sa combinaison de cuir noir qui lui moulait son corps si parfait à mes yeux. Arrivée près de sa belle, elle l’effleurait de la main, comme pour la caresser amoureusement. Elle en faisait le tour, rapidement, toujours une main glissant sur la carrosserie rouge et noire de sa moto. Elle défaisait enfin les entraves de sa sportive, puis venait le moment que j’attendais le plus : placée du côté gauche, elle enfourcha la bête comme elle monterait sur un cheval : doucement, sensuellement. Elle finit d’agrafer son col, puis mis le contact, et fit rugir le moteur. Penchée en avant, emprisonnant ce monstre d’acier entre ses cuisses, ne semblant faire qu’un avec elle, elle me regarda soudain.

J’étais subjugué par sa beauté, malgré le fait que son visage était caché par un casque aux couleurs de sa moto. Je rougis, mais ne pu détourner mon regard qui était aimanté vers ce tableau magnifique. Sa moto et elle glissèrent vers moi tel un serpent, tout doucement, et lorsque l’inconnue fut près de moi elle me dit : « sois là demain, nous reparlerons de tout ça » avant de s’éloigner à la vitesse de l’éclair, ne laissant derrière elle que le bruit devenu familier du moteur surexcité. Ses simples mots m’avaient laissé pantois, enflammé et anxieux à la fois.

 


Contribution de Lucile Longre

La femme, sanglée dans son uniforme de cuir noir, semble tel un fauve, une panthère, tellement ce vêtement lui colle à la peau. Elle semble déjà tellement animale, souple et féline dans cette combinaison longiligne, ses bottes d'agneau semblent moulées sur son corps, et ses gants faits au tour de ses doigts. Quand elle enfile pantalon et veste de cuir noir, c'est comme si une autre part d'elle-même se révélait, comme si elle devenait plus libre, plus sauvage et plongeait comme dans un bassin d'eau fraîche.

Elle n'est plus seulement cet être rationnel, cognitif et froid, mais s'ouvre également aux éléments, à l'air, au vent, s'ouvre à cette part d'elle-même qui sait goûter la pluie et se saouler avec la tempête, elle devient un être sensitif et réceptif, qui capte tout et ressent tout l'environnement, par l'intermédiaire des organes de ses sens. Elle devient comme une éponge, qui absorbe reçoit et traite toute information provenant de l'extérieur, son corps tout entier participe à cette communion avec l'environnement, elle se fond avec le monde qui l'entoure, pour ne plus former qu'un avec la nature. Elle prend plaisir à s'occuper de sa moto, à la faire briller et reluire, à lui prodiguer les soins les plus attentifs, de façon à ce qu'elle soit à la fois souple sous ses doigts et frémissante à la moindre de ses impulsions.

Elle aime à entendre le doux ronronnement du moteur sous ses doigts, à le sentir filer comme le vent et sans bruit, elle travaille sans relâche l'embrayage afin qu'il parte sans attendre, souplement et sans que le bruit ne lui déchire les oreilles. Ce qu'elle désire par dessus tout, c'est ne plus faire qu'un avec lui, qu'il comprenne la moindre de ses impulsions et lui obéisse en tout, puisqu'ils partageront le même esprit. Elle veut faire de lui comme elle, un animal libre, sauvage et rebelle, et l'enfourcher pour de longues échappées sauvages et ils n'existeront plus que l'un pour l'autre. 

 


Contribution de Möl Fass

La machine passe dans un grondement sourd. Un type quelconque conduit une belle vieille moto noire. Collée à lui, une jolie étudiante dont la jupe vole au vent et dévoile une jambe svelte et musclée, gamine dans son essence. Ils sont camarades de classe et se connaissent peu, unis momentanément par le métal et le cuir entre leurs jambes.

Elle l’enserre, est collée à lui, de plus en plus. Elle sent bien la vibration du moteur sur sa vulve, à travers le cuir tapé de la vieille moto et le coton de sa petite culotte. Et la sensation la pénètre doucement. Il fait beau, c’est le printemps et l’air même qu’elle respire a une odeur de renouveau. L’amour est dans l’air.

Pourtant, elle n’avait d’intention que celle d’arriver chez elle plus vite que ses camarades de classe. Mais maintenant que l’odeur du cuir de sa veste se mêle aux vibrations entre ses jambes, maintenant qu’elle a senti sa taille mince et son ventre musclé entre ses bras noués sur sa poitrine, elle s’est abandonnée. Elle est la compagne d’un centaure, d’un guerrier, d’un apache et elle en tire une excitation inconnue.

Cette sensation qui monte lui fait perdre la tête. Elle glisse ses mains plus bas, il se cambre un peu. Elle sent le vent, grisant, sur ses cuisses nues, entrer dans son corsage, caresser ses mamelons. Lui comprend car ce n’est pas la première fois. Au feu rouge, il lui dira qu’il connaît un raccourci par le parc. Elle ne dira rien, les joues rouges car elle est prête à éclater. Puis, lorsqu’ils seront à rouler sur l’un des chemins forestiers, tranquilles, ses mains glisseront plus bas, desserreront la ceinture et se poseront dans le pantalon sur la verge déjà dressée. Elle glisse la main dans le jeans pour savoir à quoi ressemble une verge de centaure. Il lui proposera de faire une petite halte près d’un ruisseau, mais elle dira non, car elle veut rouler, sentir cette vibration entre ses jambes et cette queue entre ses doigts. Elle la trouvera bien dure.

Ils rouleront ainsi un moment, le temps pour elle de le récompenser d’une extase divine. Elle sentira le sperme jaillir entre ses doigts habiles, maintenus prisonniers par le caleçon qu’elle devine blanc. Et lorsqu’il la déposera, elle se sauvera sans se retourner à sa chambre en courant pour changer sa robe qui trahi le plaisir qu’elle aura eu à plusieurs reprises. Elle ne le reverra plus car il est accessoire.

Ce soir là, seule dans son lit, elle se caressera en feuilletant l’une des revues de moto de son frère, s’attardant sur les grosses cylindrées qu’elle trouvera particulièrement bien montées. Elle s’agenouillera dans le lit, mimant la position du motard et se caressera ainsi jusqu’à ce que les vagues de plaisir la laisse épuisée par ses nombreux changements de vitesse. Elle s’endormira en se promettant que, dorénavant, elle emportera toujours ses petites boules chinoises dans son sac. Pour les prochaines fois.

 


Contribution de Jessie Fabre

(Illustration de Jessie Fabre
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C’est une italienne… dès notre rencontre, ce fut un véritable coup de foudre. Elle est d’une pure beauté, les courbes de son corps sont si sensuelles, sa peau est si douce et parfaite, son odeur et sa voix me font perdre la tête…Quand je la caresse, tous mes sens sont en éveil… je frotte mon visage contre elle pour que jamais la mort nous sépare.

Quand je me ballade, tous les regards sont tournés vers elle et seulement ensuite vers moi : comme j’éprouve de la fierté à ses cotés… ! Jalousie ou fierté, ces deux sentiments se mélangent parfois… je me méfie lorsqu’on la regarde, je pense que je serais très farouche si l’on osait l'approcher, pire encore la toucher…Elle me rend dingue, jamais je n’ose la laisser seule de peur qu’on me la dérobe. C’est une coquine, elle aime me dominer quelquefois… c’est très excitant, mais je me dois de prendre le dessus certaines fois, alors comme un jeu entre nous, je la brutalise, la tire d’un coté ou de l’autre et elle aime ça, puis on se couche ensemble jusqu’à atteindre l’extase…Quel plaisir immense tu me procures lorsque je te serre entre mes jambes… j’aime sentir la chaleur qui se dégage, j’aime tant entendre ton ronronnement dans le creux de mes oreilles…Puis tout s’agite et tu hurles, tu rugis de plaisir, tu provoques alors la curiosité, le réveil et à la fois la colère de nos tendres voisins…

Le matin, tu prends plaisir à me regarder m’habiller… j’enfile ma combinaison de cuir, je te souris, je te regarde, encore en émoi des moments passés la veille… et je sais ce que tu penses… je poursuis et enfile doucement mes bottes de cuir, puis mes gants sur mes petits doigts chanceux de te parcourir et te serrer chaque jour. Tu ne m’as jamais trompé ma belle, autant de moments de joie partagés… et lorsque je n’allais pas bien certains soirs, là encore tu étais là pour moi… souviens-toi, nous partions ensemble nous aérer la tête, tu savais me parler et me faire comprendre que quelquefois j’allais trop loin…Tu es tellement merveilleuse, et pourtant, malgré toutes ces années ensemble, tu sais encore me surprendre, il m’arrive parfois de te regarder comme une inconnue… c’est à peine croyable.

Je te regarde encore, te caresse, penche doucement ma tête contre toi, j’ai tout simplement envie de te dire je t’aime, oui je t’aime ma belle DUCATI…Mon mari te jalouse, mais rien n’y fera, tu feras toujours partie de ma vie.

 


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au Directeur de la Rédaction sous la référence « exercice de littérotique ».

 

 

 

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