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Gala Strip
de Gala Fur

 

Gala Strip’ et ‘Gala’s Trip’, c’est un double titre dont Gala ouvre la porte de son livre, dans la préface qu’elle y place. Une dominatrice ne se dénude pas en effet, pas pour votre plaisir, seulement au besoin pour affirmer son pouvoir de fascination, s’il vous est clair que cela ne vous donne aucun droit ?

Ou bien… si ?

Le kaléidoscope des rencontres où Gala autorise son lecteur à suivre ne répond pas à cette question, à cette ambiguïté d’un titre dont elle semble avouer qu’il lui à été imposé par l’éditeur et lui laisse un regret, parce qu’elle aurait voulu convier le lecteur à un voyage plutôt qu’à un effeuillage.

Pourtant, la réalité est complexe, le jeu de pouvoir très confus, lorsqu’à l’influence de l’argent (il s’agit pour certaines de ces rencontres de faces à faces tarifés) s’ajoute celle de la célébrité.

Un des clients de la dominatrice, pour lequel elle avoue une attraction presque mortifère, dont elle souffre en tout cas, est une vedette de la chanson. Un jeu de fascination réciproque se joue, jeu de pouvoir et d’ego, qui donne pour elle une importance à cette relation autour de laquelle ce livre se construit.

Il est pourtant bien impossible, au fil des pages, de découvrir ce qui motive cette attirance particulière. N’apparaissent que les réticences et les fuites du client célèbre, bien trop imbu de lui-même pour être capable d’un vrai abandon. N’est-ce pas pourtant là la quête vers laquelle tend la soumission ? La recherche, par l’abandon de soi à l’autre, du moyen de faire tomber ses propres barrières ?

Peut-être n’était-ce que la caresse à l’ego que procure à qui y attribue une importance, l’attention d’une célébrité.

Quels dédales derrière chaque personne, pour parvenir à façonner, ici un soumis, là une dominatrice. L’interrogation persiste à chaque page de ce cheminement au fil de ses rencontres, auquel convie Gala Fur.

Les personnages passent, les scènes aussi, fantasmes en ombres chinoises, univers fantasmatique où il est difficile de savoir pour chacun de ces rôles, ce qui meut les acteurs qui les incarnent.

Il n’y a pas d’explication psychologique aux fantasmes que chacun porte, ils sont inscrit dans un trop grande frange de l’humanité, qu’ils soient réprimés ou assumés, pour les réduire au résultat d’une contingence personnelle. Le sadisme et le masochisme répondent à quelque chose d’ancré dans l’humain, où peut-être en toute créature vivante, même s’il n’est dévoilé qu’à certains. Comme la peur de mourir et le besoin de procréer, dont ils sont des échos à peine particuliers.

L’esquisse littéraire trace ici les contours, plus que le fond, de ce monde latex et fétiche auquel on se réfère souvent comme à la ‘scène’ , oubliant qu’entre le personnage et l’acteur, contrairement au théâtre, il n’y a pas qu’un costume qu’on enfile, mais un fantasme, une obsession intime.

Gala ne refuse pas au lecteur quelques aperçus de ses hésitations, doutes, espoirs, et pourtant malgré l’ouverture des volets de sa vie, il reste difficile de plonger. La tableau fascinera ou émoustillera certains, il reste comme la peinture un monde en deux dimensions, dont les souterrains de l’humain échappent au lecteur comme peut-être, à celle qui le vit.

Qu’importe… avec ou sans fantasmes, qui donc connaît le sens profond d’une vie ?

Les entretiens avec Pierre Bourgeade, qui closent le livre, apportent quelques éléments de plus pour mettre en relief les volutes de la vie de Maîtresse Fur, sans l’épuiser ni la résoudre.

La confrontation à ses propres labyrinthes permet à Gala de passer quelques rideaux seulement. Fur n’est pas Bataille, elle ne cherche pas à atteindre au mystère de l’érotisme ni à un au delà du sacré. Il lui suffit de permettre à quelques un de l’adorer, pour une heure et contre une offrande, avec ou sans sincérité, et d’autoriser ses lecteurs à en être spectateur, le temps de quelques pages. Elle n’est pas moins honnête que celui – et parfois celle - qui tire d’elle quelques coups de pied, quelques coups de fouet, l’apparence mensongère d’un absolu qui reste joué.

 

 

 

 

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