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Madame Edwarda, Le mort, Histoire de l'oeil
de Georges Bataille

 

Un absolu, un insensé, contradictoires et mêlés, tendant l’idéal mille fois plus que le corps, jusqu’au point de désespoir où le cœur cède, où toute résistance lâche, permettant la plongée en plein dans l’extase ou l’atroce jouissance. Bataille, sur quelques pages, livre un combat éperdu contre la trame du réel pour que sa texture déchirée laisse filtrer, dévastatrice, l’incommensurable transformation, jusqu’au plus profonds de l’os, de l’être par une révélation, érotique et mystique, sacre sans religion d’un univers sans limites où l’anéantissement est sens.

Madame Edwarda, et c’est tout le sens caché de l’œuvre de Bataille, livre un secret qui fissure le quotidien du monde, et son auteur le crie et le murmure d’une même voix. Sa clameur s’amplifie de l’écho du terrible, de montagne en montagne, verbe total dans le désert du monde. En livrant par le sang de sa plume mille fois plus que son être, Bataille savait déjà l’impossibilité d’être compris par qui ne lit que les mots : « L’éclair qui m’éblouit – et qui me foudroie – n’aura sans doute rendu aveugle que mes yeux. » L’Immense dont ce livre est le vêtement, pour résonner, demande le diamant de vos propres falaises.Édité d’abord en édition clandestine (s’agissant de Mme Edwarda), puis officiellement par Jean-Jacques Pauvert, trois nouvelles de Bataille sont réunies en un 10/18, foudre que l’on peut tenir dans le creux de sa main.

Mme Edwarda est suivie de "Le Mort" et d’"Histoire de l’œil".La première, dans l’éblouissement du sexe, superpose et confond dans le corps d’une femme, la fille publique et Dieu. La seconde, Le Mort, est la nuit de deuil, étirée par l’ivresse et la fornication d’une amante ravagée, entre la mort de son homme et la sienne. Dans la troisième, la plus longue, l’Histoire de l’œil réuni sur sa corde à nœuds - mais à nœuds denses et touffus, inextricables et que ne séparent aucun espace - les thèmes récurrents de l’érotisme de Bataille, perversion et candeur, poursuite aveugle de l’intense, triolisme, voyeurisme, ruisseau d’urine et idéal, chair déchirée par la lame ou la corne, insoutenable obsessionnel, jusqu’à énucléer un gisant et introduire, dans le cou et dans les fesses de Simone, l’œil du prêtre qu’elle a étranglé du sperme à l’extase.

Au delà de la raison… entre folie et absolu.

 


(Mme Edwarda et Histoire de l’œil ont fait l’objet d’illustrations de Hans Bellmer,
exposées au centre Pompidou)

 

 

 

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