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Haïti, le paradis, l'enfer
de Dany Laferrière à Makenzy Orcel

 

De Dany Laferrière à Makenzie Orcel, le passage d’une génération ne remet pas en cause la magie poétique de la littérature haïtienne, suspendue entre ciel et mer comme entre Paradis et Enfer.

Dans les Jeunes Filles en fleurs, livre par lequel je découvrais Laferrière, l’enfer des macoutes, la dictature Duvalier ne liait pas les ailes de ces filles mulâtres, voleuses de moments de plaisirs et pillardes d’hommes, dont les splendeurs dérisoires emportaient jusqu’au ciel l’imaginaires d’un jeune garçon, on imagine Laferrière lui-même, petit frère qui espère le moment venu de son éducation sentimentale.

L’enfer, les geôles et les tueurs du dictateur, les prisons qu’on entrevoit tout au fond de la perspective, le cachot ou croupit le frère, au-delà du velouté éclatant de la cuisse de Pascaline, tout cet enfer en filigrane pourrait être partit, avec la chute du dictateur.

Il n’en est rien, la dictature abolie, l’enfer subsiste, le paradis n’est toujours qu’un imaginaire à l’horizon du poète. Makenzie Orcel fait un nouveau tableau, moins onirique, de la malédiction qui le dispute sur cette île à l’espoir. La beauté dans ses yeux s’attache à la face d’ombre. Enfer, Paradis. Toujours, il s’agit de voir la poésie du peuple haïtien en dépit des tourments.

La chair reste là. Élément fondateur de la littérature parce qu’il est fondateur des femmes et des hommes, de leur commerce, tarifé ou non.

La poésie reste là, parce que l’espoir est toujours le fondement de la vie, encore plus celui de la survie. Parce que la proximité de la mort, dans les décombres récentes du grand tremblement de terre comme autrefois sous la menace des milices, n’abolit pas le souffle de la vie, tant qu’il n’est pas définitivement éteint.

1953, Laferrière, 1983, Orcel, la même ville, Port-au-Prince, et toujours cette recherche vitale, rendre en littérature la beauté aperçue dans le triangle des jambes des filles. Celle d’Orcel est moins innocente, peut-être, c’est une prostituée. A moins qu’au contraire, elle ne soit la plus naïve.

Heureusement, il se trouve toujours un écrivain Haïtien pour l’aimer. Puisse-t-il en être de même de toutes les jeunes filles, chacune est une île, à chacune son naufragé.

 

 

 

 

 

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