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Katia la nuit
de Patrick Gourvennec

 

La nuit, Katia attend les hommes qui viendront frapper à sa porte, exiger avec rodomontades ou timidité, et souvent les deux à la fois, les douceurs uniques qu’elle leur offre.

Il viennent de partout jusqu'à son appartement parisien, confronter leur sueur ou leur crasse au mystère de cette porte bourgeoise et de cette sexualité non tarifée. Katia ne se vend pas, elle aime ces gars venus des faubourgs et des banlieues. Venus du monde entier échouer jusqu’aux portes de la ville.

Elle, à eux qui souvent n’on rien, offre le luxe de la chair, la décadence de la ville, le trouble d’une féminité plus femme que vraie. Plus vraie que celle d’une femme, parce que la travesti est prête à avoir les lèvres plus rouge, le talon plus haut, la poitrine plus rembourrée, le cul plus dressé que toutes les autres.

Il/elle donne plus parce que l’excès seul peut cacher ce qui lui manque et ce qu’il a de trop. Il s’offre sans contrepartie et sans concession. Non, je me trompe, pas ‘il’. Toujours dire Elle¸ pour la travestie. Ne jamais tenter de tomber le masque. Elle vous le défend.

Katia accueille tous ceux qui viennent s’échouer à Paris. Elle est un port. On devine qu’elle aurait aimer se faire accoster, aborder, saborder par le Querelle de Brest de Jean Genet, séduisant et dur, voleur, hâbleur, et pourtant taraudé par le sexe et le désir.

Gourvennec qui a grandi à Brest comme le personnage de Genet, aime lui aussi les mots, les phrases qui dans l’égout reflètent les étoiles.

La passion de Katia la place toujours en déséquilibre, au bord de la catastrophe, qu’elle frôle de toujours plus prêt comme si elle cherchait un dénouement fatal qui se refuse à elle. Il s’agit par moment d’une noyade, tous les jours ne sont pas faciles à traverser, mais la noyée cherche toujours l’extase, l’apnée qui promet la mort et frôle la délivrance.

Seule chose terrible, au lieu que la fin arrive, la vie continue. Katia tâtonne encore au petit jour, dans les ténèbres blanches de la lumière retrouvée, une fois échappés les voiles de la séduction et de la nuit. La travestie est vouée à se projeter encore une fois, enjambant le jour, vers une nouvelle nuit.

Qu’importe si la destination est inconnue. Le port travesti accueille dans son refuge les garçons désemparés et dégoupillés qui ne trouvent nulle part ailleurs où faire escale. C’est déjà un destin quelqu’en soit la fin.

Patrick Gourvennec le narre avec une langue érotisée, une voix au souffle sensuel et trouble, qui envoûte au téléphone les égarés en mal de caresses ambiguës, et qui permet un vrai plaisir de lecture.

J’ai déjà offert à Katia le personnage de Querelle. A Gourvennec, je souhaite Jean Genet pour parrain. Il en partage une tendresse de regard pour les bas-fonds charnels et le goût des fusées au détour d’une phrase.

 

 

 

 

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