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La Chair
de Serge Rivron

 

Riche, touffu, comme une matière vivante, La Chair foisonne en sa trame complexe d’incursions dans l’érotique et l’humain.

C’est par là qu’elle commence et c’est par là qu’elle fini, cette histoire, dont la piste croise et recroise, décroise, les chemins de protagonistes qui n’échappent pas au dessein de leur créateur, littéraire, et qu’il réuni finalement dans son poing, pour tout nouer dans le sexe, le sacrilège et la mort. Rivron pourrait se réclamer de Bataille au nom de cette trilogie (sacré, vie, agonie), même si on le sent plus attaché à l’humain dans son cheminement particulier et au commerce malhabile qu’entretient l’homme avec le monde, quand Bataille cherche de prime abord le rapport avec l’absolu.

C’est un roman ambitieux, qui ose se colleter avec le sexe sans renoncer à embrasser trois générations, pères, filles, grand-mères, en lignes verticales ou parallèles, toutes mêlées dans le même dessein et amenées au dénouement qui ne se dévoile qu’à l’approche des derniers chapitres, fruit du destin ou de l’ironique hasard, dérisoire, de la vie.

Ce livre n’est pas enfermé dans l’érotique, c’est un roman qui embrasse la vie et qui place le sexe au cœur de l’oeuvre parce qu’il est l’origine et l’essence de cela dont Rivron fait son sujet. Une chair qui est à la fois une réalité impossible a réfuter, parce qu’on ne peut pas être vrai à l’ignorer, et qui est l’essence même de l’impossible, subjective quand elle devrait être matière, prison qui menace la santé de l’esprit.

Sans dévoiler la trame de l’œuvre, cette chair est tant celle dont est issue le personnage le plus central de cette narration, celle de sa mère donc qui continuait de l’emprisonner non né au-delà du terme contre toutes les lois naturelles, que celle qui l’obsède et recherche dans le corps des femmes et dans laquelle il ne peut trouver la libération qu’aux côtés de la mort.

Serge Rivron se révèle un écrivain dont le talent, que j’avais eu bonheur à découvrir dans sa nouvelle primée par le Prix Vénus de la Nouvelle Erotique, sait se transcrire dans le souffle plus profond d’un roman littéraire.
Son regard me séduit, par la complexité qu’il ne craint pas de reconnaître à la vie, par l’audace de son sujet, sans que son récit ne se corrompe jamais d’une provocation facile, par le nuancier des motivations humaines qu’il met en scène sans juger.

La Chair est un fort beau roman, pour qui ne craint pas de s’y investir. Il révèle dans sa maturité un auteur qui s’est construit loin des circuits habituels des écuries d’éditeur.

 

La Chair
de Serge Rivron
JP Huguet Editeur
Collection "les soeurs océanes"

Préfacé par Jean-Laurent Poli et Frédérick Houdaer


commander cet ouvrage : http://www.editionhuguet.com

 

 

 

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