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La Sainte Baise
Critique du livre de Toni Bentley, Ma Reddition

 

Les femmes parlent d'érotique et de plus en plus, leur parole est publique. Mais là où il y avait deux registres pour parler de l'amour, celui des hommes réputés obsédés par le sexe et celui des femmes, parlant de sentiments, les registres basculent. Les éditeurs ne veulent à présent plus publier de pornographie que féminine, j'exagère si peu.
C'est que le registre de la transgression est revendiqué et assumé comme libérateur pour une femme alors qu'il est taxé d'infamie, macho ou grossier, dans la bouche d’un homme.

Toni Bentley qui est une femme parle de baise, non pas d'amour, sans que cela dusse nécessairement être péjoratif. Ce n'est pas pour autant du sexe simple et cru, il y a dans sa démarche la recherche effrénée d'un idéal, mais d'un idéal à trouver dans le cri de la chair, la quête du Graal doit permettre de refermer une blessure originale. Aussi, quand dans son livre elle emploie le mot amour, c'est au sens de la plénitude trouvée lorsque l'acte sexuel permet de combler un vide profond.

Dans le cas la narratrice, dont cette ex danseuse du New York City ballet ne dissimule pas qu'il s'agisse d'elle, la méthode de l'extase est identifiée de façon claire. Il s'agit de 298 séances passées à se faire foutre dans le cul par un homme.
Pardonnez ce vocable un peu crus mais il est difficile sans trahir d'user d'un autre registre pour rendre compte de Ma Reddition. Cette ode à la sodomie est cela, la recherche dans le sexe de l'élixir miraculeux qui sauvera sa pratiquante d'une angoisse fondamentale.

A la lecture, on reste pourtant frappé par le pur et absolu nombrilisme de la démarche. Avec l‘homme qu‘elle place au centre de son livre et de son adoration, A-man qui lui révèle la sodomie, Toni Bentley parle de sa soumission et de sa volonté de se donner, ce qui est sa conviction subjective. Pourtant cet amant qui n'est jamais un compagnon, ni d'ailleurs un partenaire exclusif, semble surtout une clef dont elle se sert pour déverrouiller les recoins les plus douloureux de son être. A chaque chapitre, les sodomies sacrées qu'elle idéalise semblent toujours relever pour la narratrice de la recherche frénétique de son équilibre, l'envolée sentimentale est d'avance bannie.

Pas beaucoup d'idéalisme finalement derrière cette recherche de l'idéal, peut-être navigue-t-on trop entre cul et psychanalyse ?

C'est en cela d'ailleurs que ce livre est le plus cruellement vrai, offrant une lecture de notre époque. Autant que les rencontres entre des corps assoiffés de plaisir, ma Reddition montre involontairement et crûment l'avidité d'esprits que des années de pratique avouée de la psychanalyse ont centré toujours plus sur leur moi.

Entre analyse et féminisme, l'acte d'amour n'est plus poursuivi que pour l'emplâtre qu'il peut déposer sur les blessures dont l'examen est devenu obsessionnel, mettant à vif plus qu'il ne met à jour.
L'amour n'est plus, reste la baise et elle à beau être sainte et Toni Bentley parler d'extase à toutes ses pages, curieusement on fini le livre sans l'envier beaucoup.

Pour approcher un idéal en amour, sans doute la vérité littéraire prête-t-elle plus de poids aux rêves qu'aux analyses.

 


 

Critique parue sur l'Enfer de Bibliobs
le 6 novembre 2007

 

 

 

 

 

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