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L'agenda des plaisirs
d'Abha Dawesar

 

D’Abha Dawesar, j’avais déjà lu Babyji, roman d’émancipation érotique d’un jeune fille indienne, de famille aisée, éduquée, aimée, découvrant en un roman les plaisirs féminins, masculins, les sentiments amoureux, l’irresponsabilité affective.

L’Agenda des plaisirs a un protagoniste un peu moins jeune, qui au premier jour de son emploi au siège new-yorkais d’une banque japonaise, se voit visiter par le patron de son patron qui lui effleure les cheveux, l’invite à déjeuner, à dîner, puis dans un club de strip-tease pour lui faire des avances qu’il ne tarde absolument pas à accepter.

Il ne tardera pas non plus à coucher, en secret l’un de l’autre, avec ledit patron, Nathan, et avec la femme de celui-ci, Sybil, qui vivent un couple ouvert et finalement fragile. Pour faire bonne mesure, il y ajoute la secrétaire de son service, un saxophoniste noir, un inconnu qui le restera, levé dans un bar, une ancienne amante indienne et une jeune touriste française de passage.

Le protagoniste est plus âgé que celui de Babyji, le sexe se corse, homo ou hétéro, les descriptions aussi. Que le protagoniste soit mâle ne change pas beaucoup de choses, il est femelle aussi, sans sexisme, juste au sens où il se fait prendre autant qu’il prend, par la queue du mari ou par les doigts de la femme qui lui apprend ce que fister veut dire.

En fait, les mêmes ingrédients se retrouvent, dans le jeune blanc américain que dans la jeune indienne de Babyji : immoralité totale malgré quelques conflits de conscience sans aucune influence sur leurs comportements réels ; émotions volatiles, dont la première caractéristique est leur inconsistance ; affirmation de sentiments d’amour qui ne sont que les expressions sans aucune pudeur de leurs narcissismes ; absence d’aucun recul réel, puisque l’auto-analyse occasionnelle n’est qu’une façon de se regarder dans un miroir, sans prétention à en tirer un enseignement, quoiqu’ils en disent.

Les deux romans ont leur place dans le registre de la littérature comme dans celui de l’érotisme. La narration est bien tenue, les temps morts sont rares et l’Agenda se lit facilement. Les descriptions de l’amour charnel ne feraient rougir aucun érotomane, les caresses s’enchaînent parfois avec inventivité, les descriptions n’on rien de puéril ni de stéréotypé. L’Agenda des plaisirs se lit en une journée de plage ou en deux soirées et soutient l’intérêt. N’hésitez pas.

Pourtant, plus qu’une profession de foi libertine, c’est un roman de l’inconséquence. Le protagoniste, au bout du compte, n’est guère sympathique, il ne laisse l’impression que d’un pleutre, arriviste et lâche, professionnellement comme en amour, une jolie guimauve qui séduit dans un monde sans boussole.

Ne pas savoir où l’on va, cela arrive, la vie et l’humain sont trop complexe pour y échapper et le sexe comme instrument de navigation à vue existe parfois comme un besoin de s’enivrer pour cesser de réfléchir.

Mais il y a dans les livres de Dawesar plus que cela. Ses personnages restent assez peu sympathiques, fait-il faire l’hypothèse que ce soit délibéré ?

Dawesar est pertinente, sans doute, en ce que ses personnages ressemblent à ce que leur époque à de plus égoïste. Dans une ville qui dévore les gens, New York, à une époque qui dévore les êtres humains, ils seraient des jouisseurs Sadiens s’ils avaient la grandeur de leurs crimes, mais ils ne seront jamais prêts à affronter la Bastille pour défendre un idéal fut-ce t-il libertin.

Des combats ont été livrés du XVIIIème au XXème siècle qui ouvraient les portes de la société à toutes les sexualités. Dawesar n’a pas décidé de peindre la génération libertine qui suivra aux couleurs de la révolte. Ils sont cela parce que c’est une pente facile.

 

 

 

 

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