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LATEX
de Laurent SCHWEIZER

par Tang Loaëc

 

Du sexe, des armes, l’argent, la drogue : le cocktail n’est pas original mais Laurent Schweizer l’épice d’une référence très appuyée, même si leurs noms dans son livre ne sont jamais prononcés, aux nouveaux amants diaboliques, Cécile Brossard et Edouard Stern. Gageons que Barbey d’Aurevilly aurait été tenté de relater leur histoire dans son recueil, juste après Le bonheur dans le crime sans doute, à moins que Sacher-Masoch ne soit parvenu à le devancer.

Souvenez-vous, sur les bords du Lac Léman une femme, tenue pour une ex-call-girl, tirait à bout portant trois balles dans la tête et le corps d’un financier héritier et requin. Mais le plus croustillant, comme promis par le titre de ce nouveau livre, était la combinaison de latex et le harnais enfermant le flamboyant et sulfureux Edouard Stern, visiblement victime consentante de son amante sadienne, passée du jeu à l’exécution.

Je m’en étais fait l’écho dans un éditorial de la Vénus Littéraire qui publia en parallèle un feuilleton littéraire par épisodes, signé Julien Hommage, attaquant de front le même sujet sous le titre « Comme une Sterne en plein vol ».

Le livre de Laurent Schweizer mérite, sur ce sujet à la fois délicat et facile, un premier hommage à son écriture. Vous l’aimerez ou pas, mais il y a un mouvement perpétuel dans sa phrase, hallucinée, qui rend l’évolution d’un monde qui pourrait aussi bien relever de l’anticipation sociale que du témoignage.

Me viennent à l’esprit J.G. Ballard et G. Dantec. J’entends dans la prose de Schweizer une même volonté prophétique. Dans Latex comme dans les romans de ces deux autres auteurs, un déchiffrage en braille est offert d’un monde dont les couleurs sont trop violentes pour que le narrateur de parviennent à lui donner un sens, ou peut-être même l’auteur. Pour autant, entre la violence du présent et les prémisses du futur, le narrateur se trouve pris en otage d’une réalité fantasmée, que beaucoup de chroniqueurs et d’esprits forts soupçonnent aussi.

Schweizer n’appelle pas le mort Stern mais Kidman. Mais les mêmes soupçons planent sur sa mort. Beaucoup de circonstances laissent a penser qu’il aurait été victime d’une exécution en raison de connexions d’affaires russes, plutôt que d’un simple crime passionnel et sexuel.

La fiction va un pas plus loin que l’enquête actuelle du juge Suisse cependant. Le narrateur y est mêlé aux protagonistes en partageant le lit d’une fille qui est une des amantes de l’oligarque Russe qui avait les raisons les plus évidentes d’en vouloir à Kidman. Cette dernière s’avère même la probable véritable exécutrice du meurtre. Une vidéo assez douteuse semble le démontrer quoiqu’elle reste d’origine et de qualité suffisamment douteuse pour que rien ne soit sûr. C’est assez cependant pour que le narrateur soit aspiré par un tourbillon de sexe et de mort, guidé par l’arbitraire de la puissance et par les effets dérivés de la drogue ou du sevrage.

Comme Le Festin Nu de Burrough, écrit sous influence, la lancée du récit se perd dans les méandres de sa narration. On ne sait plus vraiment si c’est le narrateur ou l’auteur qui dérive. Mais l’histoire s’y prête, c’est celle d’une perdition, même si la fiction autorise un fin plus heureuse que celle du mort initial dans sa gangue de latex.

Le sujet n’a pas fini de faire couler de l’encre, puisse-t-elle ne pas être rouge mais noire, il a déjà fait couler assez de sang.

 

 

 

 

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