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Le goût des jeunes filles
de Dany Laferrière

 

 

L'Enfer n'est pas pavé que de livres classés au rayon des érotiques.

Dany Laferrière fait parler Haïti par toutes les pores de sa peau, la peau de ces mulâtres écartelées entre arrogance et détresse cachée, splendide et dérisoires pousses de vie, provocatrices, paillardes, pillardes d'hommes et de moment de plaisirs. L'écriture vibre d'une haute-tension qui est celle du désir.

Étrange désir d'ailleurs. Les filles ne parlent que de sexe mais le désir pourrait être la métaphore d'autre choses, informulées, comme la liberté ou la vie, impossibles dans la dictature de Duvalier. Pourtant, rien ne parvient à emprisonner complètement ces jeunes lianes, la danse de leurs jeunes avidités forme des figures si vives que la terreur est oubliée au profit de la transe.

Cinq jeunes filles sauvages aux ventres minces et aux courbes pleines, libres de leurs corps et de leurs langues déchaînées, sèment leurs ravages sensuels à pleine volée parmi leurs amants réels ou imaginaires. Dans cette chronique Haïtienne, la longueur des jours est électrisée par la sexualité de ces jeunes femmes qui ne parlent que de ça, au point que la dictature n'apparaît qu'en creux de la rondeur de leurs seins.

L'amant qui a la tête d'un tueur bien sûr en est un, il est marsouin, l'un des multiples surnoms donnés aux tontons macoutes exécutant les basses oeuvres de la dictature Duvalier. Si la belle Pascaline s'offre à lui, c'est peut-être pour le frisson, mais sans doute aussi parce que son frère a disparu depuis trois mois et qu'elle espère que lui ou un autre puissent lui donner des nouvelles de ce disparu.

Mais on ne parlera pas de ces geôles autrement qu'en filigrane de la beauté des femmes. Le sexe occupe toute la place et pourtant n'est pas chose très sérieuse, dans ce monde où la fête est nécessaire pour pouvoir vivre et permet d'oublier les tragédies dont seul un fil sépare. Dans une société cloisonnées, où la bourgeoisie mulâtre conserve ses privilèges au prix d'une dictature qui les méprise et les envie, la vue en coupe qu'en donne Dany Laferrière mélange tout au travers le prismes de quelques filles déclassées ou en demi-fugue. Elle font l'éducation sensuelle d'un jeune garçon qui découvre le goût des jeunes filles au travers la fenêtre de la maison qui lui fait face, de l'autre côté de la rue, et chez qui il cherchera refuge le jour où il se croit en danger d'être jeté en prison et pire.

Sous leur toit, l'asile politique est bien doux et si le crime est imaginaire, la récompense est fugitive mais somptueuse, entre leurs peaux douces et leurs seins durs.

Cet enfer là, dans le Haïti de Duvalier, prend pour un week-end l'apparence du Paradis.


 

Critique parue sur l'Enfer de Bibliobs
le 29 novembre 2007

 

 

 

 

 

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