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Le livre érotique
d'Olivier Bessard Banquy

 

Les étudiants et les enseignants de Bordeaux 3, dans la filière Métiers du Livre, ont la chance de plancher sur des sujets passionnants et épicés, ainsi que d’aller, avec leur enseignant Olivier Bessard-Banquy, mener des entretiens avec les grands éditeurs érotiques et autres spécialistes de cette littérature.

Jugez du palmarès, Pauvert, Alexandrian, Tchou, parmi les grands anciens (parfois entre-temps décédés), les capitaines actuels, Franck Spengler, Claude Bard, Esparbec et d’autres, sans oublier de parler de ceux qu’il est déjà trop tard pour interviewer (Losfeld).

Pan par pan, au travers de ces entretiens et études, le Livre érotique reconstitue l’histoire de cette édition érotique qui a vécu malgré la censure d’Etat ou au corps à corps avec elle. C’est aussi le portrait en creux de cet ennemi aujourd’hui si discret, qui a causé la faillite mais aussi la gloire de ces aventuriers de l’édition.

La parole rendue à ces éditeurs des années 60 et 70 fait ressortir l’histoire et la topographie d’une autre édition, faite de difficultés financières et de tirages rares.

Parfois, l’objectif du livre érotique fut de faire bouillir la marmite. Pourtant, leur issue économique restait aussi incertaine que celle de tirages parfois confidentiels de textes surréalistes, compte tenu des procès et interdictions d’exposition qui purent être faits à ces ouvrages.

S’agissant de la censure, justement, un double paradoxe.

Le premier, qu’alors que la censure des livres par l’État est tombée en désuétude à présent, l’arsenal subsiste. Les lois n’ont pas ou peu été changées. La tolérance est devenue coutumière mais rien n’empêcherait, révèle l’entretient avec le juriste du livre, Emmanuel Pierrat, un retour à l’application des articles qui n’ont pas été abrogés.

Le second paradoxe, qu’alors que l’Etat s’est retiré du jeu actif, les groupes d’intérêts et de pressions divers, associations diverses, minorités actives, groupements politiques, mouvements religieux, prennent le relais de l’Etat dans les poursuites judiciaires ou l’action directe (mise à sac des locaux des Editions Blanches), contre les livres qui leurs déplaisent.

Peut-on alors être certain que le recul de la censure ait ouvert un âge d’or de l’écriture érotique ?

Sur ce point, les anecdotes et le sentiment d’aventure liés à la publication d’un livre érotique, dans les mémoires des éditeurs qui ont fait le coup de feu durant les années 60 70, diffèrent tout de même assez des aveux des éditeurs actuels. Avec une certaine lassitude, maintenant que le domaine érotique n’est plus hors champs pour les grandes maisons d’édition, les spécialistes évoquent parfois l’impossibilité à présent de prendre des risques sur un tirage, alors que du temps de la censure d’Etat, toute édition érotique, souvent clandestine, était un risque.

La victoire de fait des aventuriers de l’érotisme contre une censure d’Etat devenue fantomatique, ne semble pas avoir tellement satisfait les vainqueurs.

Le nivellement du monde par l’économique, le détournement généralisé du sensuel, du sexuel et du pervers, au service de la promotion commerciale, la banalisation d’éros, tout concours à réduire la stature du combattant et à diluer le caractère sacré de la croisade.

Pour trouver encore un semblant d’ennemi, il faut aller chercher plus loin ce qui peut choquer, il est plus difficile de marier le beau avec le scandale.

La force ébranlante de l’érotique ne se trouve plus dans les yeux du bigot. Que faire alors ?

Peut-être, sans adversaire, cette mise en abîme devra être trouvée dans l’intimité de celui qui écrit et de celui qui le lit. A l’heure de la société de consommation, il faudrait aller à contre courant. S’adresser non pas au plus grand nombre, mais à de rares lecteurs capables de lire un livre comme il aura été, dans le meilleur des cas, écrit. Çà ne fait pas forcément, on le comprend, une affaire rentable.

Pour défier le raisonnable, nombre des noms cités dans Le Livre érotique ont fermé ou vendu plusieurs fois leurs structures éditoriales, incapables de faire faces à leurs échéances. Qui aujourd’hui est encore prêt à faire faillite ?

C’est la question à laquelle le Livre érotique ne peut pas encore répondre.

 

(Olivier Bessard-Banquy avait déjà publié ‘Sexe et Littérature aujourd’hui’)

 

 

 

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