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Le voile de Maya
une prose de Marion Lubreac

 

La chaleur me suffoque. Minuit. La magie peut s’opérer.
Je dénoue mes longs cheveux, j’ouvre les fenêtres.
La pleine lune me nimbe de sa lumière divine. Je sens qu’elle va venir.
En attente sur le lit, j’ai déposé un récipient d’eau et de l’argile rouge.
Elle me cisèlera ce soir et la douleur métallique emplira mon ventre.
La grande araignée créatrice vient à moi très lentement.
Noire et velue, elle avance, en tissant son admirable toile depuis la fenêtre jusqu’au lit où je suis étendue.
Soyeuse et douce, elle me caresse de ses pattes et dépose avec raffinement son ouvrage sur ma peau immobile et consentante.
Sa membrure délicate, gantée de velours noir, étire soigneusement les fils de soie qui me drapent.
Ses longs doigts d’insecte m’enveloppent et grouillent sous mon ventre.
Experte, elle célèbre son rituel avec précision.
Je ferme les yeux de plaisir, envoûtée par les caresses insidieuses de la grande araignée.
Je la laisse me posséder de son amour compénétrant. Je sens la douleur atroce, voluptueuse, intense m’envahir.
Cet amour entre nous est eau et délicieux.
Ses yeux multiples, exorbités et grands ouverts me fixent avec fascination et passion.
Elle implante son venin en moi et je l’absorbe avec délectation, pour que de la beauté naisse la création.
Afin que se tisse la réalité d’un monde neuf, fécond, au destin divinatoire.
Mon âme purifiée se libère et s’envole, légère, vers la lumière divine.

 

 

 

 

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ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF