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Chatte serbe sur toît brûlant
ou les Aventures de Minette Accentiévitch

de Vladan Matijevic

Ces aventures pétillent de malice autant que d’érotique.
C’est avec une joie innocente, comme celle d’un chaton joueur, que cette Minette serbe jette sous sa griffe toutes les queues sans défense de mâles désorientés par son appétit juvénile.

Sulfureuse ? Sa réputation l’est nous dit le narrateur, dont la voix semble souvent se confondre avec celle de l’auteur, et on imagine bien à quel train va le bal des médisances dans la ville où elle sévit, au vu du rythme auquel ce bébé d’amour croque les hommes de ses dents nacrées, chez eux, chez elle, dans leur voiture, au cinéma, partout ou l’envie les en prend.

Pourtant, le timbre du récit est primesautier, la gourmandise de Minette Accentiévitch garde la pureté de l’innocence, celle des personnes qui n’on pas même connaissance de la possibilité du pêché. On imagine s’il lui était posé la question du bien et du mal, cette héroïne relever d’immenses yeux dans lesquels l’incompréhension se peindrait, mais aussi le défi, le désir incandescent, pièges jumeaux au goût de flirt et de sexe prêts à vous engloutir sans que rien ne puisse vous sauver.

C’est gai, c’est drôle, c’est érotique et spontané comme cette fleur sauvage dont le poète suit la trace. Le récit est en prose, mais découpés en courtes scénettes, elle mêmes articulées en paragraphes plus ou moins réguliers, qui donnent à l’ensemble un rythme enlevé comme celui d’une ritournelle, à mesure que la Minette est dévoilée et que tombent ses amants.

Vladan Matijevic, l’auteur, s’inscrit dans la lignée tant de Tennessee William (La Chatte sur un toit brûlant) que de Nabokov (Lolita) qu’il revendique. Mais pour faire le tour des références littéraires qui pointent dans ses pages, n’oublions surtout pas Cervantès, dont Minette aime bien le Don Quichotte (qu’elle n’a cependant pas terminé bien sûr), car il y a du picaresque dans son épopée au féminin singulier.

J’aime le regard que Matijevic porte sur cette dévoreuse d’âmes qui s’allonge sur ses victimes consentantes, même parfois à leur volonté défendant (car le corps lui, visiblement, est toujours consentant), pour leur dévorer en sphinx insatiable la queue, le cœur et l’esprit. De cette scandaleuse, qui lui a peut-être un jour éraflé les sentiments, Matijevic dément tout le mal qui pourrait s’en dire, réfute qui la jugerait égoïste ou rusée.
Il préfère en voir l’autre facette, bonne et généreuse, de celle qui ne se donne jamais mais qui vous donne tout.
J’aime qu’un homme ait la reconnaissance du ventre.

 

 

 

 

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