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Les nuits sans nom
de Jean-Louis Poitevin

 

Ce livre est une très belle flèche lancée dans une nuit sans nom mais pas sans visage, pas sans images en tous cas. Il met en scène dans ses pages une tentative de trouver le point de rupture où l’on se perd.
Ils sont Une, deux, trois, six ou sept peut-être, à faire ce pari et à l’ouvrir à d’autres, au cours des nuits sans nom, sublimes et futiles tentatives de perdre pied afin de pouvoir vivre.

L’auteur suit donc les pas de Xanthe, ou X, dans cette recherche tâtonnante, hésitant non par indécision mais parce que la jeune femme, justement, n’en est pas à ses premières déviations hors des normes. En cela, le livre de Poitevin échappe au stéréotype le plus répandu dans la littérature érotique, celui de l’hésitation liée aux premiers jeux érotiques transgressifs.
Personne n’hésite vraiment, les barrières inutiles sont tombées depuis longtemps. Sans être forcément blasés, les protagonistes n’ont plus beaucoup de premières fois à tenter. Pour trouver à se griser, pour se surprendre eux-mêmes, il leur faut beaucoup plus, il leur faut inventer. Cette nouvelle frontière, ils l’explorent en ajoutant aux registres déjà balisés que sont les échanges de pouvoir, le saphisme ou le groupe, une ivresse supplémentaire, celle de l’image et de l’écran.

Les vidéos, à la fois amplificatrices du plaisir et ralentissement de son rythme, parce qu’il faut prendre aussi le temps de servir ce dieu digital, sont au cœur de la recherche.
L’image fragmente le corps, l’acte, en dépossède les sujets au profit de l’objectif, tandis que Stan, réalisateur en mission, mixe les figures digitales comme un disc-jockey mixe les sons. Il décompose, recompose, synchronise.
Là un confetti de vous, projeté sur un écran immense, ailleurs une image mêlée à la vôtre dont vous ignorez même la nature. Bientôt, il ne vous est plus possible de savoir si votre fusée perce le ciel ou une intimité : l’expérience des sens et du regard se contredisent.
C’est un vertige, un pas de danse esquissé entre l’éros et les circuits digitaux, le glissement vers un inconnu que contient en germe notre présent.

Je regrette peut-être quelques dérapages, un vilain de pacotille et une théorie du complot, qui lorsqu’ils pointent dans le livre n’ajoutent rien à l’essentiel. Mais l’essentiel est là, qui parle de l’univers aux bornes repoussées par l’image, où l’humain plonge ou surnage, où il s’égare ou recompose son imaginaire, fantastique autant que fantasmatique, avec une matière nouvelle.

Les Nuits sans nom sont un bel hommage rendu, entre érotisme et obsessions, par l’art des mots au kaléidoscope des images.

 

 

 

 

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© La Vénus Littéraire (2005-2008)
ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF