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Les pornographes
de Akiyuki Nosaka

 

Ne croyez pas les pourtant fréquents commentateurs qui vous diront qu’il n’y a aucune pornographie, aucun sexe vulgaire dans ce livre, ils se cachent les yeux, la grandeur de Nosaka est au contraire de ne pas avoir besoin de jeter un voile sur la réalité pour la regarder avec tendresse.

Il s’y trouve donc et dans un langage parfois cru, de nombreuses descriptions de scènes charnelles, mais la langue de Nosaka réussi ce tour de force de vous y plonger et de vous amener au-delà du sordide ou du halètement. Comme dans l’écriture de Céline, l’oralité et le vocabulaire, brut, ne sont pas seulement jetés en vrac sur la page, contrairement à ce que le premier abord donne à croire. L’écriture est réinventée avec une tendresse de regard qui relève du tour de force, cachant la démarche littéraire derrière le vocable populaire.

Il n’y a que le génie qui permette de rendre le réel et Nosaka y parvient à merveille, donnant à chacun des personnages qui pourraient être vulgaires, Subuyan le pornographe et ses acolytes, la profondeur de l’humain, une tendresse dans le crime, lequel n’est qu’un attentat contre les bonnes mœurs, repoussées dans leurs derniers retranchements.
Si le titre initial de ce roman est Une Introduction à l'Anthropologie au travers des Pornographes, ce ne sont pas les pornographes, personnages centraux du roman, qui sont l’objet d’une telle étude. Mais c’est bien plutôt eux, avec l’auteur et bientôt le lecteur pour complices, qui entreprennent l’étude anthropologique du genre humain.

Au premier plan de l’histoire, Subuyan est non seulement pornographe et anthropologue, mais aussi philanthrope, car sa quête pour soulager les hommes le pousse au delà du gain, à la poursuite d’un idéal fuyant.
Si son acolyte, cinéaste, est mu par la recherche dans la pornographie d’un moyen d’assouvir son aspiration artistique, Subuyan lui se voit confusément comme faisant œuvre de salut public. Sa mission est réprouvée par les règles de la société mais répond au besoin de chacun de ses membres. C’est bien un idéal de pornographe qu’il poursuit et sa course tend vers la satisfaction pleine des instincts et des corps qu’il mélange, sans se laisser prendre aux leurres à ses yeux, ni de l’art ni du sentiment.

Pourtant, au bout du compte, malgré tous les spectres qu’il brasse jusqu’à l’inceste et souvent au cœur de la prostitution, Subuyan reste ami des hommes et aime les femmes. Le jet de sperme viserait s’il le pouvait vers les étoiles, d’une courbe en cloche qui laisse, comme un sourire, un trait de lait à la commissure des lèvres, à l’heure même de la mort.

… et de même pour l’auteur, Akiyuki Nosaka, orphelin de guerre, né en 1930 à Kobe, formé et déformé à l’enfance par les bombardements, écrivain, parolier, chanteur et même fugacement parlementaire, ne croyant pas forcément en l’homme mais contre toute raison, l’aimant.

 

 

 

 

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