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Lettres à un amant
de Clara Jacques

 

Tu entres et tu sors de mon cœur aussi souvent que de mon corps. Je n’ai jamais vécu pareille ambivalence. Tu es la pire personne pour moi, mais tu es la seule que je veuille dans mon lit. Une seconde je m’imagine en claquant la porte, et celle d’ensuite, tes doigts me pénètrent. La découverte de toutes ces sensations a été pour moi une révélation… Tes mains de maître parcourent mon corps comme si elles le connaissaient par cœur. J’en frissonne juste d’y penser… Puis, lorsque enfin je me décide à vouloir te quitter, tu blanchis la nuit à me prouver que je ne pourrai pas me passer de toi… Et, je reste encore…

Tu réussis chaque fois à me mettre dans un état second, entre la satisfaction absolue et l’insatisfaction des sens qui me pousse à rester jusqu’à la prochaine fois. Je reste de nuit en nuit, et le jour, j’anticipe. Je n’ai jamais été aussi consciente des possibilités charnelles de mon propre corps. J’en suis dépendante et je ne peux plus risquer de tomber entre de mauvaises mains… Tu me possèdes, tu me hantes, mais je dois te détester. Tu es tout ce dont je n’ai jamais voulu, mais quand la nuit tombe, tu es tout… Ma peau te reconnaît, et elle frémit quand tu t’en approches. Puis, lorsque tu la touches, j’oublie le bien, je pense au mal et je me laisse prendre. Je me laisse avaler, baiser, sucer, téter, pénétrer, envahir, peu importe puisque c’est toi. La bête qui t’habite et ton instinct animal se réveillent en même temps que la lune pour me retenir un peu plus longtemps à tes côtés. Tu m’as endiablée, je ne réponds plus à la raison qui me conseille de partir… De déesse à démone, tu me fais passer de l’un à l’autre à la guise de tes envies pécheresses. Tu m’as ensorcelée du plus cruel des sorts. La luxure est désormais maîtresse de mes pensées. Je ne pense qu’à toi, je ne pense qu’à nous, et l’image de tes mains sur mes hanches, de tes lèvres sur mes seins, de ton regard gourmand, me fait oublier l’homme qui se réveille au profit de celui qui ne veut plus s’endormir… Les scènes torrides de nos nuits trop courtes foudroient mon esprit et enfrissonnent ma peau chaque fois que j’ose croire que cette nuit sera la dernière. Fais-moi l’amour, je t’en prie, pour une autre dernière fois…

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Je ne peux pas dormir, des rêves interdits brisent mon sommeil… Je suis nue sur mon lit et mon corps ne peut s’empêcher de danser en s’imaginant que tu le regardes. Déjà prête à te recevoir, mais je sais que tu prendras ton temps… Je t’imagine au bout de mon lit, rampant sous les draps en embrassant tout sur ton passage. Ma fièvre monte à mesure que tu t’approches, ma chaleur explose et se soulage lorsque je sens tes lèvres sur… les miennes. Tu me découvres, tu me dévores. Tes doigts, ta bouche se succèdent sur moi, se succèdent en moi, jusqu’à ce que mon corps ne puisse s’empêcher de suivre le rythme de ta langue. Je le sens qui se contracte, mais aussitôt tes doigts à l’entrée de mon plaisir, il se soumet et te laisse pénétrer. J’essaie de retenir ton geste en m’agrippant à ce que je peux ; j’essaie de retenir mes gémissements : l’orgueil n’est plus et je crie ton nom. Malgré tout, tu ne t’arrêtes pas, je sens tes doigts entre mes cuisses, je sens tes lèvres sur mes seins. Je suis envahie. Je me soumets, telle une victime à son bourreau. Je t’offre mes seins pour que tu n’ais plus à les chercher de ta langue ; je bouge mon bassin au rythme de tes bras pour faciliter la torture… Je suis épuisée. Mes lèvres cherchent ta peau, mais lorsque je les pose sur toi, tu me foudroies d’un doigté agile et profond. Mon corps frissonne, il se détend et il coule… Dans un ultime effort de résistance, je tente de me redresser et hum… un autre spasme. Je retombe sous tes doigts, je retombe sur les draps… N’arrête jamais, je t’en supplie…

Tremblante, essoufflée, excitée, je te veux, je te hume… Je sens cette fébrilité qui annonce que ton tour arrive. Tu te dégages pour prendre ma place. Nonchalamment, en territoire conquis, tu attends ton dû… Je dois me reposer quelques instants, mais ton corps refuse d’attendre. Tu te déshabilles, tu prends ma tête et la dirige. Cette légère pression m’indique bien ce que tu attends de moi… Humectant mes lèvres, ouvrant la bouche, tu te prépares… Et enfin, lorsque je t’engouffre, tu enfonces la tête dans l’oreiller comme si cela pouvait allonger mon geste, le prolonger. Je le prends en entier, et je le délivre en le faisant glisser sur ma langue. Je le mouille, le lubrifie, et je recommence encore plus fort. Je retiens ton entrejambe, je le manipule. Je jongle avec ton plaisir. Tu tentes de te relever pour te défendre, mais d’une main ferme je te repousse sur le lit. Puis, comme en guise de punition, je l’enfonce encore plus loin… Tu gémis chaque fois que je te fais sentir le fond de ma gorge. Mes mains viennent à la rescousse de ma bouche déjà pleine, et je t’entends gémir plus fort. Ta respiration devient haletante, ton corps m’aide en se tortillant. Tu veux le pousser encore plus loin. J’essaie. La salive et la douceur de ma langue donnent l’illusion que ton sexe se trempe dans l’huile… C’est doux, trop doux, trop mouillé ; ton corps cesse de danser et se raidit. Dans un long grognement, tu retiens ma tête entre tes deux mains pour t’assurer que je termine ce que j’ai commencé. Cette pression m’excite, tu contrôles même dans une situation d’ultime faiblesse. Mais, je te conquiers enfin et, je te goûte. Le chaud liquide de ta jouissance…

Terminé ? Non… Tu te relève après quelques secondes et me bascule. Derrière moi, tes mains bien installées sur mes hanches, tu te redresses et me soumets encore… La foudre de tes doigts est maîtresse d’un bien petit orage comparée à la tempête qui se prépare. Je sens ton sexe qui cherche, et le mien qui se contracte… Il glisse vers l’entrée comme si cette maison lui appartenait. Le rythme de va-et-vient transforme mes gémissements en cris. Tu pousses ma tête vers l’oreiller pour camoufler le bruit. Tu te défoules, tu t’acharnes… Tu me prends presque sauvagement et ton corps supporte une vitesse enivrante… Je n’en peux plus… Tes mains s’accrochent plus fort et cherchent de nouveaux points d’encrage pour un élan encore plus violent : mes épaules, mes fesses, mes seins… Tu me possèdes, tu me pénètres comme si tu faisais l’amour pour la dernière fois. Je pose mes mains sur ma bouche pour taire mon excitation, mais rien à faire. Je me retiens au lit et je résiste à tes coups pour que ceux-ci soient plus profonds et plus secs. Mais cette résistance est contre nature. Je me laisse entraîner par ton rythme effréné, et je te suis. Ta respiration accélère encore, et je sens ton cœur battre. Tu m’arrêtes, tu veux diriger seul. Je dois me retenir au mur pour ne pas avancer tant tes ardeurs sont vives. Je gémis de plus bel, je retiens mes cris de mon mieux… Puis, dans un grognement animal, tu te soulages, tu me remplis. Les dernières pénétrations sont démentielles… Tu te retires et t’étends pour reprendre ton souffle, alors que je reste au mur, ressentant encore la force de la dernière tempête… Aussitôt que je bouge, je sens les contractions qui me rappellent cette nuit endiablée. Je dois me toucher encore… Mais après quelques instants, la fièvre diminue, et je peux m’étendre à tes côtés. Nos deux corps épuisés mais satisfaits se reposent, et je peux enfin dormir et rêver. Je rêverai sans doute au diable, à quelqu’un qui ne peut être qu’impur. Je rêverai à toi et je revivrai éternellement cette nuit. Dans mon éternité, si je puis amener au ciel une seule chose péchée, se serait le souvenir de tes mains, ce souvenir charnel de nous deux.

 

 

 

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