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Notes de lecture
Novembre 2006

Longue Distance
André de Baecque

Au fil des liens qui tissent la toile, des auteurs et des éditeurs se découvrent, rencontres de hasard, heureuses ou hasardeuses. Ainsi d’un livre et d’un éditeur, avec ce Longue Distance publié aux Editions Ragage, petite maison intrépide comme toutes les folies que nous aimons. Porté au papier comme on porte au cinéma par cet auteur scénariste qu’est Alexandre de Baecque, Longue Distance envoie ses personnages un peu éperdus danser sur des fils tendus en territoire érotique, non sans vaciller au vent d’un surréalisme originel. Ce dernier est le point de départ du récit, souligné par le fil blanc des coutures du livre, en la personne d’un professeur de surréalisme amante saphique d’une Elisabeth, un peu théâtreuse, un peu bourgeoise désoeuvrée. Le livre fait la part belle à la perversion polymorphe, celle des enfants comme celle des adultes avançant les yeux fermés sur une planche dont ils ne savent où elle mène. De beaux débuts… mais pas de point d’arrivée, sauf à la fois tragique et dérisoire, c’est le portrait désabusé que de Baecque fait des êtres humains, un chemin que partage son récit. L’abîme est ordinaire, les fusées tirées vers l’horizon retombent un peu trop tôt, un peu mouillées. Un regard sophistiqué sur un monde où même l’érotisme ne suffit pas à vivre.

Longue Distance est publié aux Editions Ragage


Servir le peuple
Yang Lianke

"Le vaillant soldat apparu tout nu devant elle (…) Soudain, comme un tir en rafale, les mots sortirent de la bouche de Liu Lan : « Sers le peuple ! Fais-le ! Fais-le ! Fais-le ! »"

Il y a ainsi mille phrases tirées des canons du discours idéologique maoïste que Yan Lianke retourne en métaphores ironiques, autant qu’érotiques souvent, au fil de son livre. La dévotion à la cause mène un soldat populaire à satisfaire les appétits sexuels de la femme de son colonel et l’idolâtrie pour l’œuvre et la pensée du Grand Timonier sert d’aliment au réveil de la férocité amoureuse des deux amants.

La transgression du sacré, depuis toujours, est le plus puissant ressort de la passion érotique. Il n’est donc pas incongru finalement que dans cette Chine communiste, ce soit en fracassant les plâtres de Mao que soient éveillées les ardeurs les plus sauvages.

 

 

 

 

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