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Rappel méthodologique :

La démarche de « concentration obsessionnelle » vise à l’exploration d’un thème par la montée de fièvre et la concentration, mobilisant tous les éléments que chacun de nous versera dans un creuset étroit. Comme dans une fournaise, c’est la température atteinte qui doit permettre la fusion des chimies internes de chacun des inventeurs, réunis pour réaliser « le Grand Œuvre ». Nous prenons le parti de nous relayer en nombre illimité autour d’un même thème, d’une même scène, à l’infini jusqu’à l’épuiser ou l’épurer.

Pénétration obsessionnelle

_ Exercice de style n°III _
Concentration obsessionnelle

A vous, à nous, pour ce premier exercice de style, de nous concentrer sur un thème qui est le noyau le plus atavique de l’acte sexuel, la pénétration.

Des métaphores pour les illustrer… des mots et des phrases… à vous de vous obséder et de concentrer sous une forme ramassée les images obsessionnelles (mettons 5 à 30 lignes environ par contribution… mais vous pouvez en proposer plusieurs) qui peuvent naître à l’infini.


Contributions :

 

Contribution de Sophie Bridier : Lila

Tu te redresses doucement pour la prendre dans tes bras et sentir à ton visage ses lèvres, son cou, à l'oreille et à la boucle d'argent mêlée aux cheveux, son parfum du désert.

Ah! Baudelaire, ton frère.
La peau moite, transpirante, elle repousse d'un geste habituel la masse de sa chevelure noire et frisée.
Oh! Lila, ta semblable.

Elle secoue ses mains en guise d'éventail, souffle sur ses seins, haletante et mouillée, te regarde et sourit... Ne pas la regarder, ne pas te laisser prendre au sortilège de ses yeux, de sa bouche lorsqu'elle sourit, pas encore. Les yeux fermés, tu la soulèves en accrochant un bras à sa taille, te détachant d'elle pour l'asseoir sur toi, pour la laisser retomber de plus en plus violemment sur ton sexe, ta queue, ton pieu qui la transperce et la fait se cambrer, le visage tourné vers l'éclat du ciel.

Lila lumière, Lila éblouissante qui gémit et s'accroche à tes épaules, ses doigts, ses ongles griffant ta chair, serres de douceur. C'est encore elle qui te mène dans les balancements et la ronde de ses hanches étroites de jeune fille, dans les tensions élastiques de ses fesses que tu agrippes à pleines mains. D'où vient sa force ? Comment ce corps fragile et doux peut-il s'épanouir avec autant d'évidente beauté, avec ces flots de joie qui t'illumines ? Ton torrent et ta source, ta fleur du désert, Lila qui te redonne vie à chacune de ses étreintes.

L'extrêmité de tes doigts s'appuient au sillon de ses fesses, glissent visqueux, de ses lèvres corolles enveloppant ton membre épais, à l'anneau plissé, secret, que tu caresses comme une douleur sauvage à apprivoiser. Ses doigts s'enfoncent dans ta nuque, sa tête renversée au bout de ses bras tétanisés, le creux de ses reins bouleversant de désir recueilli à ton bras, tu la portes, planté en elle, à genoux, comme une idole en offrande à la lune.

L'odeur du jasmin de nuit, la pierre encore tiède de la chaleur du jour, l'éclat métallique de la lumière lunaire sur ses paupières, sur ses cheveux brillants de nuit et musqués, Lila frémit dans tes bras, partout autour de toi, léger tremblement de tout son corps de liane odorante enroulé au tronc qui la soulève, à toi. Ses muscles secrets serrent et desserrent ta hampe levée où glisse la couronne de sa fleur. Tu la ressens tout autour de toi, les lèvres de son sexe, larges pétales de tubéreuse, calice enivrant et infini. Lila, fleur couleur odeur, goût d'amande entre ses seins où tu bois altérée.

Tu envies alors sa jouissance, elle qui peut la ressentir à l'intérieur de son corps, dans sa chair profonde et palpitante, au coeur de sa terre. Plus loin, au-delà de ce point ultime où bute ton pauvre axe cosmique. Comique. Lila sourit encore, découvrant ses dents. Rayon de lune. Tu voudrais alors pouvoir la pénétrer toute entière, envahir avec la jouissance tout l'espace de son corps, remplir son ventre, ses seins aux pointes durcies et sombres, ses bras de danseuse, jusqu'au bout des cheveux qui se collent à son cou. Lila sourit et crie, son grave et profond qui enfle et explose. Et tu ne sais plus qui du plaisir, qui du sourire te ravit le plus. Lila jouit en souriant...

Ses jambes croisées à tes reins, ses bras à ton cou, sa chevelure à ton visage, ta respiration est saccadée, tes jambes plient mais son parfum est toujours un envol. La seule voile échevelée accrochée à ton mât, ton seul drapeau noir, ton seul voyage au long cours. Elle est serrée à toi, ses seins écrasés à vos coeurs palpitants, tremblante, et son regard de petite fille alors, non pas innocent et faible – jamais - mais rempli d'émerveillement, de joie plus intense que ses éclats de rire. Ses cris rauques et sourds comme une plainte, sa bouche à ton cou, tout son sexe contracté au tien, fourreau vibrant de ton voilier, mer que tu fends d'un coup de rame, Lila est devenue inaccessible.

Une perte de conscience comme une vague emportant tout son corps, l'irradie et pénètre chacune de ses cellules. C'est sa jouissance que tu veux être, que tu veux ressentir et donner à la fois. Tu ne peux jouir que de son plaisir, juste dans ce brusque relâchement de la gaine de son sexe t'enveloppant d'huile tiède, quand tu plonges d'un seul coup au coeur de son corps, comme dans un bain crémeux où tu t'immobilises, tendu à l'extrême pour laisser exploser ta jouissance qui n'atteindra jamais la sienne. Un nuage voile l'éclat de la lune et tes yeux.

Lila n'existe plus, partout présente autour de toi à chaque grain de ta peau roulée dans le sable chaud des dunes étincelantes. Dans cette odeur entêtante du jasmin, brise tiède de la nuit du jardin, effluves sucrés de l'orient. Voyage dans le soleil brûlant du désert tourbillon pénétrant de sable caravane lointaine et hurlement du sirocco. Brouillard recouvrant ton corps de mille grains de feu. Tout disparaît, sombre. Ton navire, ton envol, le soleil derrière les dunes et le ciel embrasé d'orange et de turquoise. L'éclat rose et ocre sur sa peau. Vapeur des mirages. Sucre des dattes et du thé brûlant à tes lèvres. L'aimer est un voyage.

Tu ouvres les yeux sur les étoiles, ici, dans la nuit d'été du jardin. Silence de velours. Douceur de l'air à ton corps moite et frissonnant. Léger bruissement des feuillages, le bruit de l'eau. C'est Lila qui boit à longues gorgées à tes côtés. Elle consent à t'en donner un peu et te fait boire à ses lèvres. Source au coeur de l'oasis, jardin paradis, sens infini et hors du temps. Instant d'éternité.

 


 

Contribution d'Alain Valcour

Enfin nus, corps à corps encastrés. Il y a une heure encore nous tenions nos rôles dans la société triste et besogneuse qui se prétend civilisée. Animal est notre corps à corps. C'est un retour aux sources et non une déchéance. C'est un rituel sans prêtre, et comme tous les amants, nous le réinventons, pour nous seuls, à chaque rencontre.

Je m'empare de tes hanches. Ton dos frémit sous ma langue furtive. Comme un chat je te couvre et je te mords le cou. Vais-je enfoncer mes crocs dans ta chair si douce et faire couler ton sang ? "Aie" cries-tu faiblement, confiante, ou résignée. Je poivre d'un soupçon d'angoisse ton émotion sensuelle.

Ou bien nous sommes face à face. Tu m'ouvres grand ton ventre en repliant tes cuisses comme une grenouille. Pendant mon immobile pénétration, nos langues se lutinent et tour à tour pénètrent la bouche de l'autre. Tu es mon heureuse prisonnière. Ton ventre est fiché sur mon sexe, et mes bras enserrent tes épaules. Tes ongles s'enfoncent dans mon dos, mais c'est après que je m'en aperçois. Interpénétrés, nous oublions la laideur et la violence du monde où nous sommes bien forcés de vivre.

Je me pénètre du goût de ta peau, de celui ton sexe, de ton odeur, de tes cris de plaisir, de la sensation de ton corps collé au mien et de ces milles indices qui me prouvent ton ivresse d'être avec moi. Chaque instant avec toi se grave dans mon souvenir et ces précieux souvenirs alimenteront mes rêves.

 


 

Obsession longue, par Möl Fass

L’état amoureux en est un de grâce. C’est-à-dire que cet état transforme le quotidien en un lieu de mystères et d’émerveillements, apportant dans la vie une magie que peu d’autres activités humaines peuvent offrir. Quant à moi, cet état amoureux m’avait plutôt réduit à celui de loque psychique. J’étais tombé amoureux de Valérie, une collègue de travail qui m’avait ensorcelée. Elle avait la quarantaine gracieuse, plutôt mignonne, bien roulée aussi, certes, mais l’attrait que j’éprouvais pour elle se situait à un autre niveau. Elle était mariée, avait des enfants et sentait bon la maman responsable qui travaille.

Elle était tellement loin de l’allumeuse de bureau que l’absence totale de toute connotation sexuelle associée à sa personnalité me la rendait irrésistible. Quelque chose d’elle me chavirait et j’en étais venu à la désirer si violemment, sans espoir de ne jamais la posséder, qu’elle s’était installée à demeure dans mon imaginaire érotique. L’amour s’était transformé en obsession et l’objet de cette obsession était sa chatte dans laquelle ma verge bien enfoncée irait et viendrait dans le bruit de succion que ferait la mouille de son excitation. Rien de plus, rien de moins, qu’une chatte et une verge.

Mon fantasme le plus brûlant était de m’imaginer, la verge raide comme une barre de fer émergeant de mon pantalon, entrant dans son bureau, fermant la porte. Elle se lèverait et verrait l’outil de ma lubricité. Ébahie, sa petite bouche rose entre-ouverte de stupeur, elle se laisserait tout de même culbuter sur le bureau. Je constaterais qu'elle ne porte pas de petite culotte sous son petit tailleur gris. Elle me regarderait avec fièvre et empoignerait ma verge avec avidité pour me guider entre ses jambes. Et puis, comme à chaque fois, plus rien. Malgré tous mes efforts de concentration, je n’arrive pas à imaginer cette petite chatte. Frustration. Je n’arrivais pas à visualiser l’objet de ma convoitise et étais donc incapable de la posséder dans mes songes.

Puis, un jour, un événement inédit vint tout changer. J’étais revenu au bureau pour y prendre un rapport à lire de toute urgence le soir même et que j’avais – évidemment - oublié. Je passai au bureau en coup de vent, décidé à repartir le plus vite possible pour éviter les embouteillages. Je songeais encore à Valérie en ce moment, à son parfum que j’avais respiré plus tôt alors qu’elle passait près de moi sans me voir, comme toujours. Le bureau était désert à cette heure. Je fus donc étonné d’entendre un grognement sourd provenant de la salle de conférence, tout juste de l’autre côté du corridor, face à mon bureau. Intrigué je m’étais levé et approché de la fenêtre étroite qui longeait la porte sur son côté. Je jetai un coup d’œil à l’intérieur et ce que je vis me figea sur place.

Elle était là, Valérie, couchée sur le dos sur la table de conférence, ses pieds nus posés sur le rebord de la table, les jambes écartées, la main glissée dans son corsage, se caressant les seins. Là, devant moi, se tenait cette brute de Maxence Morin, une espèce de rugbyman qui nous servait de chef d’équipe. Il était agenouillé devant Valérie et lui prodiguait d’habiles coups de langue qui étaient de toute évidence d’une grande efficacité. J’eus un serrement à la gorge lorsque je constatai qu’elle ne portait effectivement pas de petite culotte sous son tailleur vert qu’elle avait remonté jusqu’à ses hanches, me révélant ses jambes et ses cuisses superbes. En plus, elle se rasait la chatte, la gueuse ! Et puis, elle gémissait –c’était le son qui m’avait attiré. Je vis que Morin, bien que toujours vêtu avait sorti sa verge bien bandée qui était, je dois l’avouer, d’une taille majestueuse.

Holà ! Mais c’était mon fantasme que cette brute s’apprêtait à consommer ! J’en étais complètement assommé. Puis, je sentis que ma libido s’accommodait assez bien de la situation, si la raideur de ma propre verge pouvait en être une indication. Devant moi, Morin s’était redressé et sa verge s’approchait dangereusement de la fente humide de Valérie. J’aurais voulu mourir, mais j’y préférai finalement la masturbation. C’est ainsi que je pus palier à mon obsession de pénétrer Valérie par contumace. Morin l’embrassa, puis j’entendis cette femme lui dire à quel point elle avait rêvé de cette pénétration, d’être prise par lui ainsi, de sentir en elle sa verge bien enflée au fond d’elle, palpitante, la pénétrant doucement, comme je m’étais promis de le faire. Elle avait relevé le bassin un peu pour faciliter l’intromission de la queue. Puis il l’avait limé méthodiquement, accélérant, décélérant au rythme de ses contractions. J’étais fasciné par cette verge aux veines saillantes qui entrait et sortait des lèvres mouillées de Valérie. Mais également fasciné du désir qu’elle avait d’être ainsi pénétrée.

Ainsi son obsession rejoignait la mienne, en quelque sorte. Il faut comprendre que Valérie ne laissait rien deviner de son appétit pour la chose. De la trouver ainsi allumée par une verge bien raide raviva mon désir que je contins à grand peine. Puis, alors qu’il tentait de se retirer pour éjaculer, Valérie empoigna ses fesses musclée et le maintint au fond d’elle - criant Viens en moi ! Viens en moi ! - pendant que Morin l’emplissait de sa crème. Je n’en puis plus et mois aussi éclatai, mais en silence, du moins c’est ce que je croyais. Je dus gémir malgré moi car Morin releva la tête vers la porte, l’air inquiet.

Laissant mon sperme, abondant, couler contre la porte, je m’enfuis vers la sortie, espérant ne pas être vu. Ce soir là, je demandai à mon épouse en petite gâterie une fellation qu’elle me prodiguait généralement sans rechigner et pour se débarrasser les soirs, assez fréquents, où elle n’avait pas envie de ça. Grâce au spectacle qui s’était déroulé sous mes yeux, je pus ainsi imaginer pour la première fois sans problème la chatte de Valérie, écartelée par cette verge impressionnante, laissant mon fantasme suivre son cours normal jusqu’à ce que mon épouse me fasse jouir avec toujours en tête Valérie, gémissante et couverte de sperme. Sans surprise, je ne connus point l’extase que j’attendais avec tant d’intensité.

Et alors que j’allais m’endormir, je constatai que Valérie ne me venait point à l’esprit spontanément comme elle le faisait systématiquement tous les soirs, plus du tout en fait. Par contre, la petite Claire, stagiaire au bureau depuis un mois déjà, fit son apparition, marchant devant ma porte, remuant son petit derrière impudiquement dans son jeans à la taille basse qui laissait voir un string de dentelle blanche. Je m’endormis ainsi en bandant pour Claire pour la toute première fois, sentant naître en moi une nouvelle obsession.

 


 

Contribution de Morphine

La chaleur photonique des rayons du soleil portée par la douce force de cette petite brise léchait chaque parcelle de son corps offert sans protection aux regards des quelques personnes présentes sur cette plage discrète. Couchée sur le dos, sans pudeur et sans aucune pilosité, la parcelle la plus secrète de son être était entrouverte, invitation ou négligente attente… Elle dormait, sans aucune appréhension les mains unies au-dessus de ses cheveux éparpillés sur le sable.

Émergeant d’une sieste favorisée par une nuit courte et débridée, je ne puis qu’à la vue de cette femme qui est mienne ressentir un sursaut d’ardeur rapidement matérialisé par un déploiement dur et tout en puissance de mon meilleur ambassadeur. Doucement, j’unis ses deux mains avec la cordelette de notre sac de plage et déposait sur ces yeux tel un bandeau, un magazine people lui trouvant enfin une réelle utilité pour l’avenir de l’homme.

Elle gémit mais ce gémissement vint d’un pays lointain issus de ses songes les plus fous. Je venais après l’avoir longuement eu sous le bout de ma langue mobile de pénétrer en dessous de son paratonnerre de plaisir, dans son humide chambre secrète. Allant et venant dans cette ardente visite, je rythmais la cadence de ses cris jusqu’à provoquer un chant d’abandon incontrôlé et rythmique qui s’avère la plus belle des mélodies que mon oreille aime à ouïr. Contractions suivies d’une demande de trêve que j’aurais volontiers respectée si l’attirance d’une telle créature n’avait déjà pas dépassé mon propre désir.

Deux autres ambassadeurs fiers et dressés demandaient déjà audience à cette beauté soumise, ils appartenaient à deux hommes ayant assistés à la scène. Occupée avec ses lèvres et sa bouche à me restaurer une certaine contenance, elle accepta leur proposition respective malgré la totale absence de contact visuel avec ceux-ci. Ainsi, pendant encore de longues minutes formant quelques heures, elle fut l’objet de visites et d’envahissements divers. Elle reçu chaque ambassadeur séparément d’abord afin de lui arracher son colis précieux liquide et chaleureux.

Délivrée de ses liens, elle organisa ensuite une réception pour l’ensemble de ses invités ouvrant à ceux-ci chaque pièce secrète de son domaine. Rentrés au moment du coucher de l’astre céleste, après avoir pris congé de cette société, nous contemplions ce trésor régénéré sur cette plage que d’aucuns appellent le désir.

 


 

Contribution de Cavalier de Pique

 

Le petit cri aigu

Le petit cri aigu
Particulier et tendre
Qui s'échappe de toi
Quand
Les fesses levées
A mon invitation
Tu viens toi-même
Te glisser sur mon sexe
Le plus profond possible

Première pénétration

 

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Entiers

Sa langue et ses dents
Jouent avec mon corps nu.
Peu à peu la délicatesse se perd
Et percent des envies débordantes.

À pleine langue ses seins.
À pleines mains ses fesses.
À pleine bouche sa nuque.
Et ses hanches avec les dents.
Toutes mes caresses sont appuyées,
Nos envies sont affichées,
Nos positions enchevêtrées.

Si je m'allonge sur son dos
Elle attend tout mon poids.
Quand je m'enfonce en elle
Elle accueille toute ma force.

En donnant moins
Nous ne serions pas satisfaits.
Je la prends comme je l'aime,
Sans retenue.

Confiance et plaisir nous ont réunis.
Nous rions.
Puis nous nous recueillons
Dans l'énergie puissante
Qui baigne encore nos corps.

 


 

Contribution d'Anne Bert

Le goutte à goutte du poison de tes mots affûtés s'infiltrait lentement sous ma peau, perforait mes veines et s'épandaient dans le noir de mes entrailles. Ton fief. Puis ce fut le silence. Ton silence me submergeait.

Planté à la proue de ton navire surchargé, tu surveillais l'envahissement sur la texture ameublie de mes chairs, comme un marin attend patiemment la marée montante pour enfin s'engager dans le port. Les rayons X de tes yeux durs pénétraient l'opacité de mon âme, forçaient les dernières résistances de mes orifices que tes doigts défroissaient en les barbouillant de gel. Tu me voulais bouche, con et cul béants, prêts à l'inquisition. Ouverte. Comme tu me demandais de m'y préparer chaque jour, consciencieusement, avec les objets que tu m'avais choisis.

Tu ne souffrais aucun obstacle à tes incursions ou à celles à qui tu me destinais. Ta respiration courte et lourde, l'odeur forte de tes aisselles, le bruit du cuir de ta ceinture détachée acheva le prélude. Tu sondas mon regard puis le bandas de soie rouge. Tu t'enfonças dans ma bouche très loin à la rencontre de mes mots muets, tes couilles contre mon menton, tes mains dans ma tignasse, une main plaquée sur mes reins pour me contraindre à la cambrure. Je m'y pliai avec ferveur. Tu fis appel à quelques utilisateurs pour contempler l'occupation temporaire de ton territoire, leur sachant gré de me rendre confortable. Tu aimais, alors qu'immobile j'embouchais ton sexe, me voir pénétrée de toute part. Occupée. L'élan des queues dans ma croupe et dans mon con précipitait ton sexe gonflé plus encore dans ma gorge où mourraient mes gémissements étouffés.

Lorsque tu me jugeas suffisamment accueillante, tu dénouas mon bandeau, quittas ma bouche endolorie et baisas mes yeux transparents. Enfin, tu t'abîmas un instant dans la contemplation des pertuis profonds de ma croupe que tu creusas plus encore en t'enfonçant comme si tu avais pénétré ma bouche, ta main fichée dans mon con. Tu me pénétrais, encore et encore, indéfiniment. Tu étais en moi. Mais c'est moi qui te possédais dans mon corps.

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