La revue Le laboratoire Les salons L'oeuvre Les plumes

 

 

Mademoiselle M., webmistress du Royaume des Femmes, cavalière passionnée, est l'Amazone de ce récit, jetant au galop, la bride haute, la plume de Julien Hommage, contributeur régulier de la Vénus Littéraire.

Elle pointe la direction d'un paragraphe, il y répond du suivant, allant là où elle l'attendait ou pas, aiguillonné par l'éperon de la plume de l'Amazone, recadré par son paragraphe suivant comme par une traction de rênes, corrigé d'une phrase comme d'un coup de cravache.

Pensées pour l'amazone

Récit à deux voix de Mademoiselle M.
et de Julien Hommage

Ecrivez-nous, parlez nous, tentez-nous ou laissez nous vous guider vers d'autres passionnés avec lesquels essayer !

 

 

Nous décrivons ci-dessus l'expérience d'écriture de Mademoiselle M. et de Julien Hommage comme le dressage d'un étalon, mais nous pourrons évoquer la votre comme une symphonie, comme le ballet amoureux des renards au printemps, comme un tissage d'art, de toutes les façons que vous voudrez nous inspirer par vos chants littéraires et érotiques, dans tous les registres.

Ces échos, entre sensibilités et imaginaires d'auteurs ou d'artistes différents, sont au coeur du creuset que nous voulions, que nous voulons vous proposer. Venez tenter avec nous de telles expériences, croisez et multipliez les rencontres littéraires et artistiques. Il y a, en vous, en nous, des sensibilités à épanouir pour notre plaisir et pour séduire le monde. N'êtes-vous pas, oh frères ! oh soeurs !, enchanteurs sincères et séducteurs impénitents ?


Ta peur de me succomber est réelle, mais est-elle justifiée ? Ta vision de la domination féminine est tachée de tout ce que tu as pu entrevoir sur le net ou dans les revues. Cette domination-là je n'en veux plus, elle ne m'intéresse pas. Ma vision des choses a changé, j'ai mûri. Je n'ai pas envies de jouer les dominatrices puisque je le suis ! Dès lors, pourrait-on parler encore de domination ? En somme cela fait un peu bestial. Je pense qu'il serait temps de changer quelques mots, afin de pouvoir mieux nous comprendre sans nous quereller. Domination féminine, voyons, qu'est-ce qui résumerait le mieux mes pensées: Pouvoir ? Autorité ? Puissance ?
Suprématie Féminine. Voilà un beau terme, sans ambiguïté de fantasme sexuel. Et qui reflète totalement le tournant de mes convictions. Peu m'importe d'être habillée de cuir, peu m'importe de manier le fouet, ce ne sont que des jeux qui alimentent mon moi profond, et qui attirent bons nombres de fantasmeurs.
Je veux être admirée par toi, je veux être respectée par les autres mâles.
Après tout, aimer une personne, n'est-ce pas un départ de soumission, d'oubli de soi-même pour l'autre ? Tu me parles d'insoumission comme d'un trait de ton caractère. Je sais tout autant que toi ce que cela signifie. Tu as peur de tomber en amour, tu as peur d'être à moi... pourquoi ?

Tu chevauches à mes côtés, désirable et hors d'atteinte, une amazone me regardant à peine du haut de ta jument alors que tu me questionnes de tes silences ou de ces phrases que tu prononces comme pour toi-même. Je marche à pied, à un pas de ta monture, attentif à ton humeur mélancolique, trop sérieuse, à m’en effrayer.
Je voudrais te répondre, te rassurer, me rassurer moi-même en réalité, mais tu me fais taire du bout de ta botte, effleurant mes lèvres ou bousculant mes côtes, ou encore d’une traction brève, sur le licol. Tu me veux muet, respectueux de ton humeur, et je reste silencieux, renonçant à mes mots.
Comprendre, vers toi tendre, apprendre… t’écouter, te deviner, te devancer.
Ne pas me rebeller. Je n’en ai pas le droit.
« Peur d’être à toi ? »
Enfermé dans le silence auquel tu m’obliges, je me confronte à tes dires. « Peur d’être à toi »… je maîtrise le sentiment d’injustice que tes paroles éveillent, alors qu’à ce moment j’accompagne à pied, en laisse, mains attachées, ta promenade équestre en forêt.
T’écouter… si tu le dis c’est que je dois apprendre… parvenir à suivre ta volonté, tes pensées, comme je suis ta jument, adaptant mon pas, docilement.
J’admets donc comme une vérité, qui m’est pourtant difficile à reconnaître, qu’il y a une part de cette peur, en moi, cachée au plus profonds et que je dois débusquer.
Et alors !
Cette phrase, je l’entends en secret dans un bastion fortifié de mon esprit, qui revendique, qui use de tous les arguments pour rejeter ton exigence de toute puissance. Pour cela, te fuir ?
Non. Ne pas me rebeller. Cette seule pensée mériterait une punition telle de ta part que je n’ose y penser. Surtout ne jamais la laisser voir.
Mais ce n’est pas par crainte que je ne peux pas fuir, mais par désir, par le besoin absolu, qui empli mon corps et mon esprit, queue et yeux éperdument fascinés par chacun de tes gestes.
Oui, mon désir de t’être soumis, mon envie, mon intoxication à toi qui me mène, m'attache à tes pas. Je suis ta chose parce que mon élan vers toi me ferait tout préférer au risque d'être abandonné.
Résistance, insoumission… ces orgueils de petit gaulois ne sont rien par rapport à ce tremblement de tout mon être… à la seule idée d’être avec toi, à la seule idée d’être sans toi. Tu me lances encore un coup de pied dans les reins qui me fait trébucher et m’oblige à courir, lorsque tu me mets, ainsi que ton cheval, au trot.
Tout oublier pour celle que l'on désire, c'est la passion, c'est un absolu de martyr, c'est aussi être tendu vers ce qui vous grandit, vous mène au-delà de vous-même.
Suicidaire, souffle une voix intérieure qui prétend me défendre. Oui, bien sûr, la tentation est sublime et aussi kamikaze... il y a une pulsion héroïque, d'envie d'offrir toute sa réalité, dans l'adoration d'amour, dans l'hommage d'un soumis.
Tu veux me faire sortir du jeu fantasmatique raisonné, protégé de barrières, agréable mais prudent... pour risquer le Grand Jeu, où l'on met en péril tout ce que l'on est pour tenter les étoiles.
La possibilité du second est incertaine, mais la promesse, réaliste ou pas, est tellement plus belle.
Tu accélères le trot et je cours au bout de ta longe, fixée à la selle, bientôt à bout de souffle, hors de force et priant de ne pas trébucher.
Il faudrait... oui... un roi aux pieds d'une déesse.

Je te regarde, tu es si beau ainsi, le cou cerclé du cuir que j’aime tant te mettre. J’aime nos promenades en forêt, ou tu te prépares physiquement pour ta course, et où je me délecte d’être une Amazone. Sans compter qu’à chaque détour des chemins le risque de rencontrer des personnes s’ajoute à mon excitation et à ma joie d’être là avec toi.
Mais dans ma tête fourmillent tant de questions… et je ne veux même pas connaître tes réponses. Du moins pas pour le moment. Je n’ai pas envie d’être à nouveau déçue. Trop d’hommes ont endossé ce rôle, ils ont voulu détruire mon idéal.
Mais j’ai su tout arrêter à temps, et je t’ai rencontré toi, toi homme qui me plaît. Je t’ai voulu à moi, tu as été et tu resteras ma proie.
Malgré mes pensées fortes et belliqueuses la mélancolie me gagne.
Si tu savais ce que je ressens au fond. Si tu savais à quel point je suis sensible et émotive. J’ai un besoin inhabituel de tendresse, je rêve d’être ta Déesse.
Je lance ma jument au petit galop, tu accélères le rythme. Soucieuse de ta bonne préparation physique, et pour satisfaire mon coté un peu sadique, je t’entraîne ainsi, allongeant la foulée ou la réduisant, pour te faire ainsi qu’à ma monture des séances de « bout vite ».
C’est au pas que nous franchissons le portail, je t’ai détaché depuis que nous sommes sur la route, mais tu gardes ta position, près de ma botte, à ma droite. Je te caresse parfois les cheveux de ma main gantée, parfois même je m’arrête pour exiger un baiser sur mes lèvres, mes mains ou ma botte.
Pendant que tu vas te doucher, te faire beau et me faire couler un bon bain, je m’occupe de ma jument.
Il t’arrive souvent de jalouser ma compagne. J’aime tant m’en occuper que tu te sens souvent lésé. J’aime cette réaction, j’aime savoir que tu ressens ce sentiment d’abandon, preuve que tu aimes être à moi. Cela me rend tellement heureuse, si tu savais…
« Nous sommes ensemble pour être heureux » Ce sont tes mots…

Mon travail fait, je m'agenouille sur le carrelage au pied de la baignoire et, les fesses sur les talons, les mains fermées sur les chevilles, corps droit et ventre rentré. Je m'immobilise. Cela va durer, je le sais, jusqu'à ce qu'Elle ait fini de prendre un soin amoureux de cette autre "elle", sa Cavale, qu'elle caresse en propriétaire infiniment aimante, avec une douceur et une sensualité qui m’arrache un gémissement d'envie.
Le lien invisible, par lequel ma Maîtresse m'a attaché à elle, est si vibratile, il résonne si fort à chacun de ses gestes, que ses mains courant sur les flancs de sa préférée réveillent la sensation d'une caresse imaginaire sur ma peau, me frustrant et me troublant jusqu'à la lisière de la défaillance. Alors, je ferme parfois les yeux pour filtrer ce qui m'envahi et je l'entends, à l'oreille de sa jument, murmurer des mots passionnés, la traitant en amante. A ces moments, ma gorge se serre à l'idée qu'à moi, lorsqu'elle plie mon corps au sien, les paroles susurrées à mon intention me traitent en animal servile. Dans la hiérarchie de l'Amazone, la bête c'est moi.
La bête, le meuble, le jouet... le chevalier servant, le domestique, le chauffeur, le garde du corps, le gigolo... le marchepied ou la descente de lit, j'ai tant de fonctions. Je suis aussi glaise à modeler entre ses doigts, satisfaisant ses pulsions artistiques, et à cet instant d'attente, sculpture décorative, changée en stuc pétrifié dans la salle de bain embuée, tel la reproduction d'une créature fantastique, issue du bestiaire mythologique antique, babylonien ou sumérien, mi-homme et moitié bête, inventé pour servir une déesse.
L'attente se prolonge et me cristallise autour de mon désir d'elle, autour de son absence semblable à un vide immense qui résonnerait dans mon puit, un appel renvoyé par les parois, vacarme insoutenable dans la chambre d'écho qu'elle creuse en moi. Cette cacophonie m'ébranle en silence, je crie bouche fermée, sans un mouvement et sans un son, me gardant de la déranger, cela ne lui plairait pas.
Le carrelage et les minutes enfoncent des aiguilles dans mes genoux, je ne bouge pas, je regarde la porte par laquelle Elle rentrera.

J’aime me retrouver seule avec mon beau destrier. J’aime la caresser, la cajoler et la chouchouter. Nous sommes unies par une très grande complicité qui échappe à beaucoup de monde. Mais lui le sait, et je sais qu’il jalouse ma relation avec elle. Aller, un dernier baiser sur la peau douce de son bout du nez et je repars en direction de la maison. J’espère que je n’aurais pas à me fâcher, qu’il aura fait tout ce que je lui ai demandé. Après tout, il est là pour ça. Il savait dès le début comment je le traiterais.
Je claque la porte de l’entrée derrière moi. Je ne doute pas que là-bas, près de la baignoire où il m’attend, un sursaut a du le secouer. Je me déshabille tout en avançant, et c’est nue que je pousse la porte de la salle d’eau.
Il est là, à genoux, tête basse, regard vers le sol et les mains jointes dans son dos. Je lui jette un coup d’œil puis enjambe le rebord pour m’allonger dans l’eau chaude.
« Vas me cherche un verre de Martini, et pendant que tu y es, tu rangeras les affaires qui sont par terre!»
Mon ordre est sans appel. Il se relève péniblement, ses genoux doivent le faire souffrir, puis, sans lever la tête vers moi, sort et me laisse seule.
« Et mets moi de la musique !! »criais-je.
Quelques minutes plus tard, mon verre à la main, je savourais le moment en chantonnant cet air que j’aime tant. Il était revenu à sa place, près de la baignoire, à genoux. Je me prélassais ainsi, sans me soucier de son cas.

Enfermé à l'intérieur de ma propre enveloppe par sa décision de m'ignorer, mes yeux baisent humblement du regard ses traits d'ange pervers, dénoués par la chaleur du bain. Un de ses genoux dépasse et supporte une main aux doigts mollement allongés, ailleurs un mollet émerge et dépose le pied sur un relief de la baignoire. Elle est toute abandon, entre deux eaux d'une langueur quiète, presque léthargique ; il semble qu'elle pourrait ainsi s'endormir toute ma vie.
A son image, mon esprit flotte de plus en plus loin du présent sans cesser de s'obséder d'elle. Dans la vapeur qui envahit la pièce et mes pensées, l'image de son pied se superpose à d'autres visions glanée depuis le début de l'an passé, dès l'entrée dans ma vie de ce sceptre manucuré, m'inspirant l'adoration à la première heure.
Nos rôles étaient alors différents. Mes manières étaient brutes comme une cangue de pierre dont elle commence à m'extraire.
La première fois, je paradais au centre d'un manège guidant le cheval au dressage de la longe et de la chambrière lorsqu'elle arriva de nulle part. Alors déjà, sa présence fendait ma réalité comme une dague. Sans que je ne cesse de mener la pouliche à un rythme régulier, mon attention avait été déchirée en parts inégales, un restant d'actes réflexes s'occupant du dressage de la jument, tout le reste tendu comme un arc vers sa présence.
J'ai voulu feindre de l'ignorer pourtant, parce que j'avais retenu d'une conversation imbécile que les filles aiment les indifférents. Elle me regardait et cela flattait mon ego, me poussant a continuer de faire le beau, à faire claquer un peu trop ostensiblement la lanière de la chambrière à un demi mètre de la croupe luisante de la bête, à varier les figures et les allures pour la spectatrice dont j'espérais l'admiration.
J'ignorais encore comment je me condamnais par chaque geste faux à ses yeux de dresseuse née, notant chacune de mes failles.

Me souvenant de sa présence, je tournais la tête vers lui.
- A quoi penses-tu?
- A la première fois où nous nous sommes rencontrés Mademoiselle, me répondit-il sans relever le regard.
En effet, je me souvenais en souriant de cet épisode.
J'étais venu au centre équestre pour des papiers administratifs. Le club étant désert, j'en avais fait le tour et l'avait vu, seul, au milieu du manège, à dompter tant bien que mal sa pouliche rebelle. Il se croyait malin en se montrant en dresseur de chevaux, croyait qu'en m'arrêtant pour le regarder, c'était pour l'admirer à l'oeuvre. S'il avait su les images qui peuplaient mon esprit à ce moment! Au bout de quelques minutes, la pouliche se montra plus joueuse, se tournant vers son dresseur devenu distrait par ma présence, qui essayait tant bien que mal de la remettre sur le cercle. Il se fâcha, et la jument partie d'un seul coup, ruant et faisant échapper la longe de sa main.
J'intervenais alors, en sautant au-dessus de la barrière, et aidais le malheureux à bloquer la pouliche dans un coin pour la rattraper. Après plusieurs tentatives ce fût finalement moi qui serra mes doigts sur la longe. Il s'approcha alors, digne et fier comme un coq en me disant :
- Merci de votre aide, je vais m'en occuper à présent.
- Si tu n'y vois pas d'inconvénient, j'aimerais te montrer comment faire.
Le ton direct de ma voix, associé au tutoiement, le laissa coi. J'en profitai pour mettre la jument sur le cercle, afin que lui aussi s'écarte.
Quelques minutes plus tard, après avoir fait travailler sa jument tout en lui expliquant comment faire, il me proposa d'aller boire un verre. Ma seule réponse fût "Je dois partir".

Ta conduite était rêche, mon amazone, calculée pour me faire ravaler ma fierté. J'ai compris en un éclair amer, dès que tu m'eus tourné le dos, à quel point je t'étais apparu comme un paon fanfaron. En regardant la danse hypnotique de tes bottes s'éloigner, j'eu l'impression d'avoir mordu la poussière comme si, mon visage venant s'abattre à un centimètre de tes talons, le sable projeté par ton pas envahissait ma gorge. Un goût de craie dans la bouche, je n'avais plus de mot que je puisse ajouter, rendu muet par ton premier coup de canif porté à ma fierté. Je n'en conçu pourtant pas le sursaut d'orgueil permettant d'oublier ce qui n'était encore qu'un incident, mais je fus gagné par l'obsession lancinante de me présenter à toi sous un autre jour. Cette nécessité ne fit que croître au fil des heures sans que je puisse imaginer une phrase, une façon de me présenter à toi sous un profil plus avantageux. Aucun mot imaginable qui ne mourusse sur mes lèvres à l'image d'une moue méprisante en retour de ta part.
Il s'en fallu de peu que je renonce à toute tentative plutôt que de t'importuner, toi que je n'appelais pas encore Reine, mais ce peu là, mon étincelle de mercure qui me rapproche de ta gloire, me sauva. Il me fit voir que dans la leçon d'humilité que tu avais voulu me donner... il se trouvait une part de vexation mais pas d'indifférence. Si tu me corrigeais c'est que j'avais capté, fut-ce ponctuellement, ton attention.
J'avais la chance d'exister dans ton regard.
J'étais sauvé, j'étais perdu.
Au samedi suivant, venant saluer ta monture dans sa stalle, tu la trouvas brossée, peignée, sabots préparés, crinière comme queue tressée et moi, toujours muet, tenant sa longe pour toi, timidement.

- Je me souviens, dis-je l'air pensive. Je me souviens...
Après être partie, j'avais repensé à toi en souriant, tu m'avais mis de fort bonne humeur. Et je repensais à toi souvent durant cette semaine qui fût particulièrement agréable.
Et le samedi suivant ... comment pourrais-je l'oublier? J'étais arrivée au centre équestre, comme à mon habitude à l'heure du déjeuner, pour être seule dans le manège fort convoité en cette saison. Marchant dans l'écurie, je vis la porte de ma jument ouverte. J'accélérais le pas, inquiète, et quelle ne fût ma surprise de te voir à côté d'elle, lui parlant et lui flattant l'encolure, comme pour t'imprégner déjà de moi à travers elle.
En partant la dernière fois, je ne m'étais rien dis à ton sujet. J'avais arrêté de séduire puis de soumettre. Désormais, les soumis sauront d'eux-mêmes qui je suis et agirons en conséquence, m'étais-je dis, après ma n ième rupture avec un homme "normal" qui ne comprenait rien à mon caractère.
En te voyant, je sus instantanément que j'avais vaincu. Je t'avais juste laissé entrevoir ma personnalité, et tu avais bien interprété le message. En cela résidait ma victoire : vaincre sans batailler. Je me sentais bien, et un sourire inonda mes traits. J'étais heureuse en ce moment, mon coeur fit un bond.
En me voyant tu rougis légèrement, baissas la tête et me dis que tu pensais que cela me ferait plaisir d'avoir ma jument brossée, lustrée, bridée et sellée.
- C'est en effet une agréable surprise, t'avais-je répondu, en te tendant ma main gantée que tu attrapas aussitôt pour y déposer un baiser. Bon, et bien allons-y! Viens avec moi, tu me mettras les barres en place, j'ai envie de faire de l'obstacle aujourd'hui.
La séance se passa merveilleusement bien, je sentais ton regard se délecter de ma vue, ma jument était calme, et le dernier obstacle que je sautai toisa les 1.50 mètres.
- J'aime me sentir quitter la planète pour un instant, lui dis-je, j'aime sentir la jument me monter là-haut, au-dessus de l'obstacle. J'aime sentir nos corps unis pour réussir, pour gagner!
J'étais rêveuse soudain, et tellement bien. Je la caressai longuement, tu suivais des yeux mes mains, jalousant certainement l'animal qui me portait. De retour à l'écurie, je te dis:
- J'ai eu bien chaud, je rentre chez moi prendre une douche. Que fais-tu cet après-midi?
Pressentant l'invitation, tu rougis à nouveau en balbutiant " euh... rien de spécial..."
- Parfait! C'est la période des soldes, et j'aime bien être accompagnée par un homme pour me porter mes paquets! Je rentre me changer, et je repasse te prendre d'ici 30 minutes, de quoi te laisser le temps de bichonner ma compagne, te répondis-je en faisant un clin d'oeil.
- Bien Mademoiselle!
Et je tournais les talons...

Il te fut si facile, sans combat, de basculer de la première rencontre à cette relation, étrange mais jamais contestée, où tu m’appelais dès que tu avais besoin d’un porteur, d’un chauffeur ou d’une compagnie.
Ma capture, tu l’avais faite métaphoriquement en maîtrisant la jument. Son licol, que tu avais saisi, de son cou s’était déplacé sur le mien. Rien d’autre n’existait encore entre nous et pourtant, tu me dominais clairement, me sifflant dès que tu en avais le temps. Aucun geste de ma part pour effleurer ta main, te prendre dans mes bras, poser mes lèvres sur ton cou et pourtant, j’en crevais de désir. Tu le savais. Cela se voyait dans mes yeux, dans mon timbre que je n’arrivais plus à maîtriser dès que tu me regardais, dans mon empressement à répondre à toutes tes demandes, à mes hésitations aussi dès que j’ignorais que faire pour satisfaire tes désirs. J’accueillais toute instruction tombée de tes lèvres comme un véritable soulagement, me délivrant de l’incertitude sur la conduite à tenir.
Tu le savais et je savais que tu savais. Tu me regardais avec tant de moquerie, souvent, et si je ne te frôlais pas, toi tu ne t’en privais pas mais pour aussitôt m’écarter, d’une demande, péremptoire d’avoir à m’occuper d’autre chose pour toi. Tu t’amusais je crois, de moi, mais aussi tu savourais cette lente progression comme des prémices. Maintenant que je te connais mieux, à mesure que je t’appartiens, je devine le plaisir mêlé que tu imposais à ta propre chair. Les caresses frustrantes dont tu me torturais devaient être à double tranchant.
Pour autant, si j’obéissais à la voix ou au geste, les ordres restaient encore bien conventionnels. J’accomplissais des actes auxquels aucun observateur n’aurait rien eu à redire, sauf l’absence d’égard avec laquelle tu me les commandais. Tes façons cavalières, délibérées, vexantes souvent, je les acceptais sans discuter, comme un lien invisible tendu entre toi et moi, et à chaque fois que tu me renvoyais après usage comme si je ne comptais pour rien, mais un rien dont tu usais. Je ne savais plus si je voulais de ta part plus de respect ou seulement que tu me rappelles ‘au pied’.
Cette once de douleur, comme une ronce dans mon cœur, tu la savourais quand tu fixais tes yeux sur mes expressions de martyr indigné, me demandant ce que j’avais avec un timbre moqueur. Je me taisais. Ma situation me semblait si fragile. La simple idée d’être renvoyé me remplissait d’anxiété. Je ne recevais presque rien de toi mais le perdre m’eut tué.
Tu aurais pu me faire courir ainsi encore longtemps, mais c’était sans compter sur ta propre impatience. Tu voulais plus, beaucoup plus, et même si ma paralysie te plaisait, tu avais décidé de brusquer la cadence. Tu me considérais comme une terre vierge, peut-être moins à explorer qu’à violer.

Un soir, j’avais décidé de t’emmener chez moi. J’étais venu te chercher au centre équestre avec mon cabriolet rouge. Tu m’attendais patiemment, j’avais quelques minutes de retard, mais qu’importe, l’attente faisait partie de ton dressage. Tu m’avais ouvert la portière, j’étais descendue pour m’asseoir sur le siège passager, afin que tu me serves de chauffeur. Même si je n’habitais pas loin, je voulais que tu conduises. Pendant que tu réglais le siège et les rétroviseurs, mon téléphone sonna et j’engageais la conversation avec une amie. Décontenancé, tu tournais la tête vers moi pour me demander le chemin, n’osant pas parler sous peine de me déranger. Je répondais à tes regards par de simples gestes. Et c’est ainsi que se passa ce court voyage.
Chez moi, je t’avais immédiatement fait mettre à genoux. Pour la première fois, tu recevais mes ordres directs.
"Baisses la tête, mets tes mains dans le dos … et tiens-toi droit !"
Je tournais autour de toi, frôlant tes épaules musclées. J’eus bientôt envie de voir à quoi ressemblait mon soumis, si tel était bien ton statut à cet instant.
" Enlèves ta chemise."
Tu avais alors obéis et, très docilement, avais défait un à un les boutons. Mon excitation grandissait, car je savais que si tu avais choisi de m’obéir, c’est que tu le désirais. Et ça, rien au monde ne pouvait me rendre plus heureuse. Lorsque ta chemise toucha le sol, je me surpris à m’approcher un peu plus. Mon bras se tendit, et je laissais bientôt ma main courir sur le haut de ton dos, titillant ta nuque, caressant tes trapèzes. Ton torse était imberbe, musclé, j’avais la chance d’être tombée sur un mâle comme je les aime. Ta peau était douce, frémissante lorsque j’enfonçais mes ongles, tremblante lorsque je la caressais. J’étais ailleurs, l’image que renvoyait la glace dans mon entrée était pourtant formelle : ce magnifique mâle, à genoux devant moi sur mon ordre, n’attendait que le prochain.

Comme le glissement projeté d’un reflet, un éblouissement s’empara de moi, voilant mon regard comme une lentille déformante  tandis que je me tenais agenouillé au centre de ton ballet. Le frôlement de tes doigts traçant sur mon corps des glyphes magiques, l’encerclement de ta parade prédatrice, m’enfermait dans une tour irréelle où les lois de la physique n’avaient plus cours.
Je me sentais immense et gourd, je n’étais plus homme mais titan, mon dos immense s’étendait comme un bouclier de pierre plus vaste qu’un dolmen, mon torse comme un arbre géant jaillissait de cette terre où tu m’avais planté jusqu’au genoux, et ma sève puissante m’irriguait d’une force de géant. Déesse suprême, d’un pied appuyé sur mon dos, tu fis basculer mon édifice immense et quand je chutais, un monde entier qui me sembla s’écrouler sous ta poussée. D’un bloc, je plongeais vers la terre, y résonnant comme une colonne abattue dans la nef d’une église, rebond amorti rapidement par le poids de ton corps, de ta semelle me clouant sous l’arche de ton pied, posé sur mon dos, puis pesant sur ma nuque, puis foulant ma joue pour écraser mon visage sur le sol.
Géant abattu, j’avais vécu en trois minutes l’envol et la chute, les morceaux meurtris de ma gloire jonchaient comme un tapis ton sol. Au zénith de mon visage, haut dans l’alignement menant de mon œil mi-clos au tien acéré, mon regard dans la mire de tes orteils jouant avec ma paupière, distinguait ton sourire de fauve, rictus d’une sauvagerie élégante et brutale, jubilatoire.
Tu fis glisser tes escarpins de tes pieds et entama une danse lente, piétinement langoureux qui semblait se répercuter dans tout ton corps en élancements suaves, à chaque fois que tu plantais le talon ou la pointe de ton pied dans une partie tendre de ma chair jonchant le sol. Le défaut de la cuirasse trouvé, tu basculais sur cette jambe ton poids avec la lenteur de qui savoure un met fin, fixant intensément le tressaillement de mon corps, mes tissus résistant puis cédant sous l’application progressive de ta lance sublime. Tu savourais chaque seconde en enfonçant ton pied sous une côte ou entre deux os. Hypnotisés par l’aiguille double de ton regard, mes yeux restaient captifs des tiens. Tu observais le cillement de mes paupières, la grimace de ma douleur, le sourire stoïque qui ne cachait rien de ma défaite mais ajoutait à ta joie, comme preuve flagrante de ma volonté désireuse de rester soumise à la tienne, m’interdisant de souhaiter que la délicieuse torture cesse.

Elle cessa pourtant, car j'avais eu ce que je voulais. Notre complicité naissait. Nous nous comprenions sans mots, nous nous observions mutuellement. Un simple regard, sourire ou frisson et nous communiquions.
Cet échange était presque animal, la parole n'avait plus sa place, seuls nos sens comptaient, et cela rendait notre communication presque irréelle, nous le savions tout deux.
Descendue de ton dos, je m'approchais de ton visage, devant lequel je stoppai. Tu devançais facilement mon ordre suivant : te redressant légèrement, tu déposais de chauds baisers sur mes pieds glacés. Les yeux fermés, je les savourais dans un silence religieux. Tes mains remontèrent le long de mes jambes. Je savais que tu hésitais, que tu ne voulais pas me fâcher par quelques gestes que je pourrais interpréter comme déplacés. Tu me faisais penser à un petit chien tout penaud, craignant de faire une bêtise et de décevoir sa Maîtresse. Te laisser sans ordres t'était difficile, tu pensais trop, sans savourer ce que tu faisais.
- Un homme aux pieds d'une femme n'a rien à penser, lui dis-je, il a juste à savourer et se laisser guider.
Se laisser guider... c'est bientôt ce que je te fis faire, lorsqu'après avoir dit ces mots je commençais à m'éloigner doucement de toi. Tu me faisais de nouveau penser à un jeune chiot, quand tu levas la tête vers moi d'un air interrogateur. Mon sourire radieux suffit à t'encourager et à te faire basculer. Tu me suivis sans mots dire, à quatre pattes derrière moi.
- Je suis mieux installée ici, lui dis-je, assise dans un fauteuil du salon, tu vas pouvoir t'occuper de mes pieds maintenant...

_ Ce texte à deux voix sera poursuivi au rythme des contributions de ses auteurs _

 

 

 

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