La revue Le laboratoire Les salons L'oeuvre Les plumes

 

 

Pierre Loüys

par Tang Loaëc

 

La Musardine édite ce mois, dans sa collection Lectures amoureuses préfacée par Jean-Jacques Pauvert, trois titres de Pierre Louÿs, dont deux séries de poèmes, les quatrains Pybrac et le recueil La Femme, ainsi que l’Histoire du Roi Gonzalve et des douze princesses.

Sous cette plume magnifique, qui connu les faveurs de toute la France littéraire avant d’être aussi voué aux gémonies pour son œuvre cachée, l’érotisme a parcouru toute la gamme. Dans les Chansons de Bilitis, il réinventait des poésies grecques antiques qu’il attribuait à une contemporaine de Sapho. Dans Aphrodite, il fait un tableau de mœurs antiques, libres et passionnées, de l’ancienne Babylone au travers du culte de la Déesse et la passion d’une courtisane pour l’amant de la Reine. Dans tous ces ouvrages, autant d’odes à l’amour ne séparant pas l’absolu de la passion et le feu de la chair, il réinventait l’érotisme à la charnière des 19èmes et 20èmes siècles.

Son œuvre reçu en écho un immense enthousiasme, populaire et aussi, celui de ses pairs, puisqu’il fut l’ami de Paul Valéry et l’inspirateur de plus d’un surréaliste, dont Buñuel qui porta à l’écran La Femme et le Pantin.

Les trois textes édités ou réédités par La Musardine, au profit de leur passage dans le domaine public, appartiennent pourtant à une autre part de son œuvre, celle qui transgresse la limite entre la passion et le scandale, puisque l’Histoire du Roi Gonzalve caresse l’inceste et que les quatrains Pybrac dénoncent l’hypocrisie de la morale, après l’interdiction de jouer au Théâtre Antoine à Paris une pièce tirée de son roman La Femme et le Pantin, sous l’influence d’un politicien président d’une ligue de morale, un sénateur Béranger.

Avec une ironie mordante, Pierre Louÿs y reprend la posture de l’hypocrite, commençant chaque quatrain par un "Je n’aime pas…" avant de poursuivre dans sa langue parfaite les plus impudiques anecdotes qu’il se puisse inventer.

De même, le Roi Gonzalve fait grand cas de l’impudeur de ses douze filles, au fil d’un récit où il n’en dépucela cependant que les quatre aînées, non sans jouir cependant des provocations d’une des plus jeunes, offerte à sa lubricité par les 18 ans de la plus âgée.

Esprit raffiné, Pierre Louÿs embrasse le plus large champ des fantasmes. Son idéalisation des amours lesbiennes, dans les Chansons de Bilitis mais nous savons qu’il fut aussi le parrain en littérature de plusieurs femmes de lettre aux passions lesbiennes notoires (Liane de Pougy, Renée Vivien), tout comme le masochisme implicite de La Femme et le Pantin, démentent aisément le personnage de l’ogre que la lecture du Roi Gonzalve pourrait faire soupçonner.

Détracteur de l’hypocrisie, chantre de toutes les amours, il est surtout un admirateur passionné de La Femme, titre de ces poèmes qui clôturent le petit livre réédité par La Musardine.

Nous saluons donc leur très belle initiative, d’autant que Jean-Jacques Pauvert annonce la réédition complète dans cette maison des œuvres de Pierre Louÿs, auteur dont le talent embrasse tous les styles, capable de l’élan le plus élevé, de l’obscénité flamboyante dont le créditait Alexandrian, comme de la railleuse obscénité.

 

 

 

 

Contactez le Directeur de la RédactionContactez la WebmistressPlan du site

© La Vénus Littéraire (2005-2008)
ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF