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Plaisir solitaire
de Clara Jacques

 

Le plaisir de la chair, la chaleur de la nôtre…
Le plaisir chaud, honteux dont je suis l’apôtre
Il me permet de fantasmer et d’entendre avec précision
Le chaos des échos qui hurlent mon nom

On se lamente, on crie dans ces hallucinations taboues
On y commet les délits de mes rêves les plus fous
Les yeux fermés je conçois et je crée
Bourreau de l’esprit, mon pouvoir est damné

Maîtresse de moi-même je savoure ce plaisir solitaire
Quand tant d’hommes – et de femmes - se porteraient volontaires!
Mais je garde jalousement ce moment intime
Pour me délivrer, à ma manière, de ces pensées sublimes

Sublimes, voluptueuses et combien charnelles
Si par malheur quelqu’un pouvait, Seigneur sauvez-moi d’elle,
Accéder à cet univers qui m’appartient
Quel être tordu penserait-on que je deviens

Toute cette sueur toute cette cyprine
Tout ce sperme et ces corps que j’imagine
Attachés, mordus, avalé, presque torturés
Caressent mon propre corps et ce bas-ventre enflammé

Mes propres mains que je ne peux plus empêcher
Vont, par elles-mêmes, se mettre à me caresser
Faute de chatouiller d’autres cuisses et de pétrir d’autres seins
Elles se vengeront sans ménagement sur les miens

Mais à quand donc pourrais-je satisfaire ces désirs
Désirs cachés que j’ai, hélas, à peine pu saisir
Des femmes, des formes, des bouches, des lèvres
À ma portée, dans de vrais rêves

Un rêve de bulles et de vin, d’ivresse et de liberté
Liberté dans les gestes, dans les doigts; volupté
La vapeur, la chaleur comme dans mes rêveries
Que je provoque lorsque personne ne soulage mes envies

Envies démentielles qu’aucun homme ne peut apaiser
Comprenez-vous maintenant pourquoi je me dois d’y remédier
En attendant de voir mes fantasmes réalisés
Peut-être serez-vous de ceux qui en seront prisonniers

Ce n’est pas si souhaitable que vous le pensez, êtres soumis
Prisonnier de mon lit, sur mon territoire, je vous aurai conquis
Bâillonné, attaché, léché, baisé, touché : un vrai supplice
Vous êtes crus capables, trop fièrement, de me suivre dans le vice

Ne laissez guère cette défaite chatouiller votre orgueil
Car au contraire, votre égo d’homme devrait frémir de cet accueil
Quoique divine pécheresse, je ne suis point volage
Je ne me contenterai jamais de mains de trop d’usage

Je saurai reconnaître en vous vos qualités coupables
C’est là la condition à mes débauches admirables
Mais de moi ne vous attendez à rien
Car de mon cœur, mon corps ne se séparent point

Tous ces rêves, tous ses songes
Ne sont que lubies et mensonges
Pour se permettre de telles largesses
La jalousie ne doit jamais être votre faiblesse

Or, je veux vous gardez tous pour moi
Hommes de ma vie, hommes de peu de foi
Malgré mon homme, malgré vos femmes
Je ne saurais tolérer que vos sexes embrasent d’autres flammes

Gares à vous si vous vous mettez à penser ainsi à moi
Pire encore si vous avez déjà tenté de soulager mes émois
Je ne suis pas de celles, insipides et sans odeur, qu’on oublie
Mais plutôt celle qui vous hante, celle que l’on supplie…

En effet, mon venin est impitoyable
Il vous condamne au désir insatiable
Le venin est l’antidote, c’est un cadeau empoisonné
Alors, peu importe duquel vos doigts seront mouillés

Je pourrais les lécher pour vous sauvez le cœur
Prendre sur ma langue, sur vos doigts, les fruits de vos labeurs
Mais inutile de vous tromper inutilement
Il en prend bien moins pour tomber dans mes tourments

Le venin que j’ai en moi me démonise et vous écorche
L’antidote quant à lui, m’angélise et vous accroche
Je vis avec le vice, une luxure impossible à faire taire
Je vous épargne donc en choisissant… le plaisir solitaire

 

 

 

 

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