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Qu'est ce que Thérèse ?
C'est les maronniers en fleurs

de José Pierre

 

José Pierre, qui fit parti du mouvement surréaliste et décédait en 1999, avait publié en 1974 cette perle de sève, regorgeant d’une vitalité érotique innocemment impie, coupable mais saine comme un printemps, enivrante comme son héroïne au parfum de fleur de marronnier.

Cette association Thérèse - marronniers en fleurs, le texte seul pourrait la faire tenir pour anecdotique, ce n’est que le hasard qui l’établi au cours d’un jeu, si José Pierre n’en avait fait son titre. Ce jeu qui consiste à provoquer la collision erratique de réponses et de questions, est d’ailleurs un mode parmi d’autres de processus créatif automatique échappant à la volonté consciente, alchimie surréaliste typique.

Le hasard de cette conjonction peut donc être balayé, Thérèse s’incarne pour José dans la floraison de cet arbre.

Le marronnier, réputé chez les apiculteurs donner aux abeilles une récolte plus abondante, mélange la fraîcheur des corolles blanches au capiteux de grappes lourdes de fleurs, au parfum enivrant. Les marrons eux-mêmes, en cosse ou délivrés, apportent une autre image charnelle, dans le creux de la main d’une jeune femme. On imagine sans mal le personnage de Thérèse lisser de ses doigts la surface d’un marron d’une part, pendant qu’elle triturerai de l’autre deux boules moins lisses sous la peau hérissée de désir d’un amant.

Car Thérèse est cela, la vitalité incontrôlable du désir charnel, sabotant toute volonté de le contenir à l’intérieur d’une norme sociale.

Fiancée imposée par l’aîné dans une famille qui e sait pas lui résister, elle se fait apprécier des parents mais aduler du jeune frère, Francis, 17 ans, narrateur de ce livre. Toute résistance de sa part, ne serait-ce que par respect de Philippe le fiancé, est saboté dès le premier abord par une Thérèse qui trouve instinctivement le défaut de la cuirasse. Ce n’est d’ailleurs pas une femme, c’est un ouragan sensuel, désirante, désirée, bouleversant tous ceux qu’elle croise et bien incapable elle-même de se poser aucune borne. Elle cour en-tête une course de vie qu’elle ne maîtrise pas, toutes voiles dehors, emmenant avec elle le frère aîné comme le cadet.

Avec eux, tous les autres. De Florence, son amante, Thérèse fait la fiancée de Francis, non pas pour que les choses rentrent dans l’ordre, ni même pour disposer d’une couverture pratique, mais plutôt pour continuer de tout dynamiter. Elle voudra tout à tour passer la nuit avec les deux frères, avec la toute jeune femme et l’un ou l’autre, l’un puis l’autre des garçons, l’un et l’autre. Elle n’aura de cesse qu’elle les mène à passer quelques semaines ensemble, à quatre dans un appartement. La bourrasque de luxure, ordonnée par Thérèse à qui personne ne semble pouvoir ni vouloir résister, emportera tout le monde.

Thérèse est une fille à laquelle on ne résiste pas. Mais pas seulement.

Thérèse est peut-être la seule fille dont on ne guérisse pas.

C’est le narrateur qui l’affirme et aussi Richard, un de ses prédécesseurs, le premier presque de la jeune femme ainsi que son complice dans le crime. C’est que Thérèse n’est pas qu’un attentat permanent à la décence, elle est la passion, érotique et émotionnelle.

Sans aucun doute, si le Thérèse de José Pierre est un poème en prose, si bien au-delà d’un récit libertin, il s’agit de fulgurance littéraire, il le doit à cette capacité de tenter en une seule fois l’épuisement de la chair et de l’adoration.

 

 

 

 

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