'SEDUCED’ (Séduite… ou séduit ? ): L'art et le sexe de l'Antiquité à aujourd'hui » est une exposition qui met au défi ses visiteurs sur une multitude de niveaux. Certains sont plus agressifs que d’autres : Tracey Emin de son enseigne néon d’un rose criard force les visiteurs à affronter sa question d'une manière qui frise l’intrusif. Mais le génie dans cette œuvre, et celui de l'exposition dans son ensemble, réside en une subtile supercherie permettant, par la déformation de thèmes ouvertement sexuels, d’obliger le visiteur à y penser à deux fois.
La collection explore de façon exhaustive l'évolution des attitudes à l'égard tant du sexe que de l'art. Il s'agit d'une exposition immensément ambitieuse, notamment par la multitude des œuvres qu’elle présente. L’organisation de l'exposition est presque douloureusement logique. Elle est répartie sur deux étages, commençant par "Antiquité" au rez-de-chaussée et se terminant par «Présent» à l'étage supérieur. Les œuvres sont accrochées chronologiquement, et un changement de la couleur du mur est utilisé pour désigner un changement de section, et une nouvelle série d'œuvres.
Dans la première section, les visiteurs sont invités à contempler des œuvres d’art hérités de la Grèce Antique et des céramiques étrusques. Toutefois, ce faisant l’attention du visiteur est inévitablement attirée par l'énorme écran vidéo accroché à l'étage supérieur, montrant un film de Andy Warhol mettant en scène 40 minutes durant et sans apprêt les expressions du visage d'un homme en train de se faire ‘tailler une pipe’. Cette juxtaposition d'époques et de supports est une caractéristique constante de cette exposition, et permet de souligner explicitement l'omniprésence du sexe au travers les transformations de l’art.
"Seduced" remet en cause les perceptions du spectateur comme de l'artiste. La frontière si ténue entre l'art et la pornographie est une façon d’obtenir cette mise en abime, et il est peut-être exploré de la manière la plus poignante dans une sélection de gravures du 18ème siècle présenté dans la section très bien nommée "Between the Covers » (faudrait-il traduire « Au secret des livres » ?). La fonction initiale des estampes japonaises présentées dans cette section n'était pas celle d’œuvres d'art mais de servir les plaisirs privés des citadins. Dans quelle mesure, ensuite, leur admirateurs aujourd’hui sont-ils en droit de prétendre en jouir en tant qu’œuvres d'art? Bien que soit indéniable leur exquise complexité, peut-on prétendre comprendre pleinement ces œuvres si nous faussons délibérément leur portée initiale ?
L'exposition est bien plus qu'une seule agression visuelle. Une section intitulée « Les Voix du Sexe » joue avec le son et la mesure dans laquelle il fait partie de l’expérience sexuelle. On entend sourdre des lectures extraites de livres érotiques, les sons envahissent le rez-de-chaussée, excitant la curiosité des visiteurs et les poussant à tenter de localiser la source du bruit.
Les visiteurs ne seront pas surpris de trouver, dans une exposition intitulée "Séduced"', les photos hors-limites, ouvertement érotiques et homosexuelles de Robert Mapplethorpe, pas plus qu’ils ne seront choqués de rencontrer une variété de nus brut, aux courbes chargées de sexualité, d'Egon Schiele. Mais peut-être l'un des aspects les plus significatifs de l'exposition est l'inclusion d'œuvres d'artistes dont la présence en cette société est entièrement inattendue. La découverte de près de cent esquisses intimes et érotiques du peintre paysagiste JW Turner, par exemple, est assez remarquable. C’est par de telles ruses que l'exposition subvertit, bouleverse et séduit avec adresse les visiteurs, les forçant dans leur retranchements pour les obliger à repenser leurs stéréotype sur l’art et la vie.