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La vie enfantine de la Tarentule Noire
de Kathy Acker

par Tang Loaëc

« Je déménage à San Francisco, je me mets à recopier mes livres pornographiques préférés
et devient le personnage principal dans chacun d’entre eux. »

Qui dévore-t-elle, cette tarentule au terme de l’accouplement sexuel ?

Dire que c’est son partenaire ne serait que l’une des multiples réponses possibles. Kathy Acker, schizoïde, écriture déstructurée et personnalité déconstruite, déchire les entrailles de toutes les proies possibles, au fil de ses rencontres littéraires ou sexuelles, à commencer par elle-même.

Dans les tripes de cette humanoïde littéraire à la sexualité omniprésente et indéterminée, l’angoisse, le désir, la rupture, l’obsession se mêlent, se repoussent ou s’appellent. Je suis loin d’avoir épuisé la liste des qualificatifs que l’on peut appliquer à ses textes, à la fois fascinants et éreintants. Kathy Acker, c’est la littérature du chaos, le sien propre projeté au visage de qui le veut, digère qui pourra.

Pas l’ombre d’un doute cependant sur la part créative de ses relectures, car outre sa vie, elle dévore avec autant de voracité une pléiade de textes dont elle suce la moelle et la recrache mêlée à sa propre salive, sa bile acre. L’auteur régurgite ainsi, transformé par ses éclairs et sa folie, le génie des érotiques français, de Violette Leduc à D.A.F. de Sade, ainsi que son panthéon anglo-saxon, Butler Yeats ou Kingston et bien d’autres, mélangé à ses fantasmes et à sa vie.

C’est que la réalité propre de Acker ne manque pas non plus de matière, au fil d’une fuite de combat, qui la fit strip-teaseuse, universitaire, artiste punk, déviante littéraire jusqu’à l’épuisement de son corps, gangrené par un cancer qui la rattrape en 1997 à Tijuana.

Le fil des textes réunis dans « la Vie enfantine de la Tarentule noire » tient à la frénésie jouissante et masturbatoire d’un récit en contradiction constante avec l’affirmation précédente, et pourtant étrangement cohérent. Meurtrière, amoureuse, amant, traînée, bandit, victime… il n’est pas d’insulte ou d’épithète que la Tarentule ne revendique pas comme titre de gloire. Qui aime mélanger érotique et avant-gardisme se retrouvera dans cette radicalité, à l’érudition littéraire voilée et à la sexualité provocatrice.

 

 

 

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© La Vénus Littéraire (2005-2008)
ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF