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Terre ferme
un poème de Tahar Djaout

 

Tes odeurs aquatiques
Et la noria me prend.
Il me revient des images de noyade comme lorsque la mer
Libère sa tendresse vorace de mère anthropophage.
Il me revient
Des insistances de sèves ruant dans les barreaux des peaux contraignantes.

J'aimais l'aventure sans issue,
Alors que j'étais déjà riche de tant de cargaisons
Arrimées à la proue de tes seins.
Mes mains arraisonnaient ton corps,
Nouant leur égnimes dévoreuses,
Débusquant l'or des florules.

Je savais, par exemple, que l'aréole sentait l'orange amère.

Je connaissais presque tout : tes marées tenues en laisse,
Ta cadence respiratoire, la résine de tes aisselles, ton odeur de mer lactée,
tes ombres qui m'abritent le soir, tes gestes qui adoucissent mes angles.

Ton sexe, je l'appelais paradisier.

Tes odeurs submarines.
Et la noria m'entraîne.
Quand j'émerge tu es là
Pour amarrer le vertige.

Ton corps, c'est la terre ferme.

"Perennes" - 1983


 

 

 

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ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF