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Traité du fétichisme à l'usage des jeunes générations
de Jean Streff

 

Il suffit d'un ou deux chapitres de ce traité, de plus de cinq cents pages, pour prendre conscience de son double mérite, celui de la simplicité augmenté de celui de l'érudition.

Pour être simple, sur un tel sujet, il faut d'abord se débarrasser du prétexte scientifique, psychologique ou doctoral, dont s'encombrent tant d'ouvrages, même remarquables, qui veulent traiter de la chose érotique tout en s'obligeant à s'en justifier.

Jean Streff expédie cette gêne et se débarrasse des efforts dignes de contorsionniste d'auteurs plus embarrassés, par un avertissement au titre agréablement franc, 'Addiction'.

Et immédiatement de dire «fétichiste, je le suis de tout», du sexe comme de la culotte, des bottines comme du latex, de la littérature comme du cinéma, deux derniers points qu'illustrent à loisir, tant sa propre bibliographie (Le Masochisme au Cinéma - Ed. H. Veyrier) que ses notes de bas de page, citant à son renfort aussi bien les bataillon des enfers des bibliothèques privées, nourries d'ouvrage colportés sous le manteau, que les plus belles pages de Georges Bataille ou d'Annie le Brun.

Ce double savoir, être simple et être docte, était nécessaire pour cet ouvrage qui couvre avec générosité un terrain aussi vaste. Le Traité explore en six grandes parties chaque morceau du corps, ses magnifications et ses déformations, l'attention obsessionnelle qui peut être portée aux effets de chacun des cinq sens, puis les liquides corporels, des plus purs (larmes) aux plus souillés, avant de couvrir les accessoires puis les matières dont la peau est parfois excitée ou enveloppée.

Au fil de ces explorations, peu de chefs d'œuvre de l'érotique littéraire ou cinématographique restent ignorés et vous ressortirez de cette lecture avec une culture considérablement enrichie, classique ou fétichiste.

Au fil de l'inventaire se dessine en contrepoint, non pas nécessairement les fantasmes mais l'immense curiosité de l'auteur pour tout ce qui relève de l'humain, dans les ivresses de son esprit comme de son corps. Jean Streff, fidèle à son sous-titre à l'usage des jeunes générations (1), entend apporter à qui le lit l'héritage de ce recensement des richesses du fantasme.

Sur la ligne de ses propres déviances, à chacun de nous d'y prendre ce qu'il voudra.

Comme en filigrane des perversités citées, apparaîtra alors la générosité de cette exploration des libertés que peuvent trouver femmes et hommes, mêmes dans l'insensé, même dans les cordes d'entraves librement consenties et qui, paradoxe fulgurant, les libèrent.

 

(1) Un titre qui rend lui-même hommage au Traité de savoir-vivre à l'usage des jeune générations de Raoul Vaneigem, situationniste (quoique en rupture de banc avec Debord) qui appelait entre autre moyen d'insurrection à «jouir sans entraves».

 

 

 

 

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