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Tu es entré
une prose de Françoise Rodary

 

Tu es entré sans faire de bruit dans la chambre où je dormais, pour me reposer d’une dure journée. Tout au moins, tu l’as cru ! Est-ce le léger frottement de tes pieds sur le plancher ou plutôt un infime déplacement de l’air lorsque tu as ouvert la porte qui m’a tirée de mes songes, toujours est-il que je n’ai pas voulu décevoir tant de précautions de ta part.

D’ailleurs je ne souhaite pas m’arracher totalement aux nimbes du sommeil. Je préfère flotter dans cet entre-deux eaux, entre rêve et veille. Tu étais là, dans mes rêves, de ces rêves de tendresse que je fais presque toujours lorsque je dors l’après-midi. J’ai ma façon bien à moi de te retrouver dans ces moments-la : je ferme les yeux et choisis une image mentale de nous deux qui me plaise. Ensuite, je n’ai plus qu’a dérouler le fil de ma pensée en espérant qu’il me conduira au pays des rêves de toi.

C’est justement ce que j’ai fait cet après-midi. Alors tu vois, tu n’es jamais loin, ta présence m’habite même lorsque tu n’es pas là, c’est ainsi que je le veux. Cette grâce m’est donnée de pouvoir appeler ces rêves de toi.

Rien ne presse ! Pour l’heure, je reste en lisière de ce rêve ; j’en savoure encore la douceur, mais je goûte déjà le bonheur tout proche de ta présence de chair. Je sais avec une certitude absolue que tu me regardes comme tu aimes le faire pour sentir le désir monter en toi, petit a petit, en cercles concentriques qui tourbillonnent dans ton cœur et le font enfler jusqu'à ce que tu n’y tiennes plus. Comme moi, tu es gourmet, tu fais preuve de patience. C’est presque un art, cette attente, nous le cultivons tous les deux. Juste pour le plaisir.

Je m’applique à continuer de respirer sereinement, de cette sorte de respiration que seul le sommeil confère. Pas un cil de moi n’a bougé. Je suis toute au plaisir de ton regard qui me caresse, je le sens. Je te connais, il ne se passe jamais bien longtemps, lorsque tu me surprends endormie sur le lit, avant que la caresse de ta main ne vienne remplacer celle de ton regard. Cette fois-ci, tu prends tout ton temps !

Enfin le matelas s’enfonce et je sens ton corps qui roule près de moi dans la combe de notre lit. Je renonce au plaisir du sommeil, je ne veux pas que tu le saches trop vite. Moi aussi, je veux me donner à cette attente délicieuse. Ce désir de toi est né du rêve, ton regard amoureux l’a vivifié et fait passer dans mon ventre, qui maintenant, à ton insu, secrète dans ses plis, l’accueil qu’il te réserve.

Tes baisers dans mon cou, puis ta main le long de mon dos, qu’il est difficile de leur résister… car je veux encore te garder dans l’ignorance. Malgré moi, mes jambes se déplient et je frissonne. Je n’y tiens plus !

Heureusement, tu te cales contre moi, tu mets ainsi fin à cette douce torture que je me suis imposée. Tu es nu, je t’en suis reconnaissante. Un peau à peau dans un corps à corps avec toi, c’est merveilleux. Tu attrapes mes hanches fermement, tu ne le sais pas encore, mais je participe déjà.
J’ ai basculé mon bassin imperceptiblement pour favoriser ta pénétration. Tu me découvres humide. Te vient-il alors à l’esprit que j’ai joué avec toi ? Je ne sais pas. Mais tu as entamé ce mouvement en moi, lent, hypnotique que j’aime tant et qui m’appelle inéluctablement à toi, ce mouvement qui dit « viens, viens, viens » et auquel mon ventre et moi voulons répondre de tout cœur, de tout corps.

Tu connais ce moment où je viendrai à toi et toi, tu veux aussi venir à ma rencontre, et c’est alors la fête la plus violente, la plus douce, la plus sauvage et la plus tendre jamais vécue, et le bonheur mon amour, ne s’arrête pas là, il continue avec nos mots à tous les deux, ceux qui caressent le cœur, ceux qui bâtissent la combe qui nous verra tous les deux sombrer dans le sommeil.
Je t’aime…

 

 

 

 

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