La revue Le laboratoire Les salons L'oeuvre Les plumes

 

 

Une éducation libertine
de Jean-Baptiste Del Amo

 

«  Il n’était pas noble, il était fils de rien, produit d’une femme truie et d’une ombre sévère. »
C’est Gaspard, enfant porcher, qui, arrivant de Quimper dans un Paris sordide du 18ème siècle, y replonge d’abord dans la fange, celle des rives de la Seine et celle des ruelles insalubres, avec l’ambition d’un Rastignac mais les moyens d’un giton veule.

L’écriture de Del Amo est riche et dense, foisonnante dans la saturation de tous les sens qu’elle mobilise, jusqu’à l’écoeurement du goût autant que de l’odorat et des pupilles. C’est un univers de Cours des Miracles, mais sans miracle aucun, avec les plaies et la purulence d’une charogne.

Dans ce monde puant où la ville capitale n’a rien à envier à l’auge dont il sort, le personnage a quelque chose de l’arriviste de Balzac, mais aussi des déracinés de Barres, du Frédéric Moreau de Flaubert (l’Education Sentimentale) ou des libertin de Sade. Il a sans doute les faiblesses de tous, probablement assez peu de leurs forces.

La volonté absolue du libertin Sadien, déterminé à plier tout à sa volonté de plaisir, est étrangère au monde de Del Amo. Ici, le désir n’est pas loi qui impose sa volonté au monde, mais faiblesse, fut-il une nécessité interne, qui tire vers le bas les corps et les esprit qui y sont asservis. Gaspard en tire certes ses ascensions sociales, mais seulement par l’avilissement de ceux auxquels il avilit son corps, et sa monté ressemble à une chute, tant pour lui-même que pour qui fait l’erreur de parier sur lui. Le seul qui en réchappera sera le seul qui l’utilise mais ne lui cède rien, qui le possède, qui le manipule, le seul vrai sadien de ce livre, un comte Etienne de V.

Gaspard lui, manipule ses amants, amis, soutiens, qu’en s’abaissant lui-même, le mépris d’autrui ne le conduit guère qu’au mépris de lui-même, dont il finit par se venger sur son propre corps.

Comme chez Flaubert donc, l’éducation n’amène l’ascension qu’au prix de la déchéance des illusions et des espoirs. Il n’y a pas de liberté dans ce libertin.

Le sexe, pourtant, à la moitié du livre, perce sa brèche, par la prise de possession par Etienne du corps de Gaspard, dans un sous-sol répugnant, qui ne change pas tellement de la porcherie dans laquelle il a été élevé.

C’est pourtant la césure du livre, celle autour de laquelle tourne le destin de Gaspard.

Loin de l’élever, cette relation le replonge d’abord dans la fange, comme pour mieux le tremper dans le stupre de la plus basse prostitution masculine, avant qu’un sursaut ne le redresse, pour apprendre à user de son avilissement pour le faire subir aux autres. Il s’offre donc à qui peut servir sa progression, qui, dès lors, est fulgurante, sans rien donner en échange que des millimètres de peau, des humiliations et des dégoûts.

L’amour n’a pas sa place dans ce roman gay. La chair y est naufrage ou escroquerie.
S’il s’agit d’une œuvre littéraire à part entière, la nécessité sexuelle est peinte aux couleurs les plus grises et les rapports humains restent de la plus âpre amertume.

 

 

 

 

Contactez le Directeur de la RédactionContactez la WebmistressPlan du site

© La Vénus Littéraire (2005-2009)
ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF