La revue Le laboratoire Les salons L'oeuvre Les plumes

 

 

Yapou, bétail humain
de Shozo Numa

 

L’auteur a mis dans "Yapou" toute sa force littéraire de déni de sa propre humanité, étendue par contagion à l’échelle de sa race entière. De son peuple… ou de ses descendants lointains en l’an 3970, il met en place l’asservissement collectif, la chosification la plus étendue. Il fallait sans doute tout l’élan vers l’extrême, mêlé d’idéal et de déni de l’individu (ou en tous cas de l’individualisme), d’un japonais pour atteindre cela.

L’auteur déclara, dans l’immédiate après-guerre, avoir été excité sexuellement par l’humiliation que constituait la défaite militaire et l’occupation de son pays, après avoir été lui-même combattant et capturé, se soumettant avec des frémissements secrets aux brimades de ses geôlières.

Dans un monde futuriste où les femmes blanches sont belles, aristocratiques et cruelles, dotées de tous les pouvoirs, leurs hommes (blancs) portent la jupe et les ongles des pieds vernis, les noirs sont des esclaves serviles et les Japonais, au plus bas de la chaîne, ne sont que des animaux au mieux. Encore sont-ce des bêtes pour lesquelles aucune société protectrice ne sera crée, car ils seront aussi meubles, matière déchiquetable et recomposable, engrais, bidets ou urinoirs, objets décoratifs, quartiers de viande ou encore, bien sûr, cunnilingers ou pénilingers.

Cet univers délirant se révèle à la lecture d’un registre bien plus SM que SF (c’est pourtant dans le second rayon que curieusement nous l’avons rencontré en librairie) et énumère avec souci du détail une société ou le yapou sert à tout. Sur l’éthymologie de « yapou », la filiation ne vous aura pas échappé, de japonais à « jap » et de « jap » à « yap »… yapou (l’originalité de l’œuvre tient à son univers plus qu’à ses trouvailles littéraires).

Cette galerie des horreurs est normalisée par une théorie fantasque de l’animalité attribuée aux habitants du Japon… dont les manuels d’histoire de cette société future relatent qu’ils furent considérés « par erreur » au XXème siècle comme une branche de l’humanité, théorie démentie depuis, ce qui permet de les casser comme des jouets par caprice… ou de les utiliser comme une matière brute.

L’interprétation du livre comme d’un racisme de premier degré devra être abandonnée, non seulement parce que l’auteur s’en rend la première victime, mais surtout parce qu’il s’agit à l’évidence d’un imaginaire fantasmatique, obsessionnel et SM, où le jeu de domination est poussé aussi loin que le cerveau de l’auteur parvient à nous y mener.

Ce livre est donc à ranger sans hésiter dans votre bibliothèque du Bizarre quoique, si votre ami(e) le parcours en cachette avec une délectation trop évidente, il soit temps de prendre la fuite... ou de vous réjouir.

 

 

 

 

 

Contactez le Directeur de la RédactionContactez la WebmistressPlan du site

 

© La Vénus Littéraire (2005-2008)
ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF