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Zénobie la mystérieuse
de Léo Barthe

 

C’est un autre livre qui m’a ramené à cette Mystérieuse Zénobie dont les premières pages feuilletées, racontant la découverte au coin d’un bois par un naïf d’une femme chienne, splendidement issue d’expériences génétiques qu’accréditent une revue scientifique, ne m’avaient pas d’abord saisies.

Mais j’ai lu entre-temps les Jardins statuaires, de Jacques Abeille, une œuvre littéraire que ses échos gracquiens placent à mi-chemin du Rivage des Syrtes et de En attendant les barbares de Jean-Marie Coetzee.  Les Jardins statuaires reprennent sur une partition propre le même thème, celui d’une civilisation dont le dernier souffle est suspendu dans l’attente du désastre qui l’emportera. L’auteur le décline dans une langue somptueuse qui rend toute la subtilité des hommes et parfois aussi, l’impérieuse séduction d’un flanc féminin.

Jacques Abeille, je l’avais déjà rencontré au détour d’une nouvelle érotique, Séraphine kimboiseuse, et les pointillés de sa bibliographie menaient à Léo Barthe, personnage de certains autres de ses romans et pseudonyme sous lequel il a déjà livré d’autres récits impudiques.

Lire ce livre noir et épais publié par La Musardine, qui s’illustre du visage et des épaules dessinées de la Mystérieuse Zénobie, tenue en laisse, redevenait pour moi une urgence.

Et à raison.

La candeur de l’adopteur, désarmé par sa très grande crédulité devant cette femme nue dont la morphologie, quoique marchant à quatre pattes, ne laisse rien ignorer et tout désirer, cesse d’être irritante quand à force d’obscénités elle rompt ses défenses. C’est que si l’homme se défend d’abuser de l’innocence mal présumée de la bête, la chienne elle, entend bien qu’il ne lui échappera pas.

Alors, face à cette créature qui le provoque constamment, le maître qui n’est guère que le jouet de la chienne, largue les amarres. La langue de sa narration plonge de la pusillanimité à l’outrance et au lyrisme, comme ses doigts dans les orifices de la femme. De lui, elle dira que c’est une ‘main’, comme on peut dire d’un parfumeur surdoué qu’il est un nez. La rupture d’avec le réel de cette histoire s’efface alors devant le surgissement de l’érotique. L’incrédulité est suspendue par les vagues successives qui secouent les corps en une orgie intime, débridant vie, sens et esprits chez les deux protagonistes, sans qu’un mot soit échangé puisque n’est pas, elle est une chienne.

L’orgie dure.

Léo Barthe comme Jacques Abeille a le goût des réalités à plusieurs étages, un monde ou une situation ne s’épuisant pas à leur écriture avant qu’ils ne l’aient exploré sous au moins trois angles différents.

Après la narration de l’homme, un après, puis un retour sur les jours du crime qui continue de déployer la fièvre roulante des mots, cette fois telle que vécue par la femme-chienne.

Réalité et fantasme, c’est la puissance sans borne du plaisir féminin qui gouverne ce livre.

 

 

 

 

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