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"Zoom zoom brékéké"
d'Orlando de Rudder

 

Palper : Face à face, deux femmes. La plus petite s'est juchée sur un gros dictionnaire. Face à face, que dis-je ? plutôt joue contre joue : le rituel immuable demande cette posture.  Elle ne se regardent pas, leurs yeux paraissent vides ; une gravité plane dans la pièce surchauffée. Le soleil joue à plein sur les lamelles du store. Des lamelles métalliques. Pas question de les saisir : On s'y couperait tout en se brûlant. La chaleur de l'été s'écrase comme une bouse sur tout ce qui ose vivre.

Je me suis levé, j'ai tourné autour de cette étrange statue des trois grâces moins une, de la grasse et de la maigre, de la petite et de la grande. J'ai maquignonné, palpant leurs fesses, comme l'acheteur méfiant d'une barbaque supérieure. Elle n'ont rien dit. Mais je n'ai pas recommencé.  

Pacte : Dans la pénombre rayée l'importance du pacte s'annonçait. Il fallait d'abord demeurer ainsi, l'une à l'autre accolée, cuisses emmêlées, seins en quinconce. Yeux perdus dans un  horizon vague, en Janus décalé : tourner ainsi, bien synchrones, afin que chacune voie tour à tour le Nord, le Sud, l'Est, l'Ouest...Danse lente, silencieuse quasiment immobile, chant muet de leurs souffles qu'elles retiennent.  Et la sueur qui perle tout au long de leurs dos. Et mon silence qui pèse autant que la chaleur : Moi aussi, je suis nu. Mais je n'ai pas de seins, je ne porte pas les deux masses nourricières, bosses de douces chamelles, mamelles que cet instant me faisait envier, mamelles, de quoi je mamelles, m'emmêlant, emmiellé entre désir, respect, admiration, sens aigu du sacré, car, Ô, ce rituel m'impressionnait.  

Boules : Face à face deux femmes. Oh, non, point face à face. Amertume du jour, souffle court, rauque et soif ! Et leur faons jumeaux en encastrement chaud... Et leurs peaux dénudées, bicolores aux rondeurs, à cause du deux pièces et de son soutien-gorge : mamelle-dessert, la rose et la bronzée, vanille-fraise et vanille-chocolat.
Ô ! 

Nacre : Eulalie, cuisse brune à l'intérieur desquelles en traînées irisées se formaient des deltas, attestant de l'amour, fruit de la passion fiévreuse, l'amour qu'on fit, qu'on vient de faire : coulées témoins de l'acte dont... ça parle, ça dit... jaspures jaspinantes attestant du déduit du délit du délice et dire qui maintenant. Ça contraste en blancheur sur la peau fauve sombre, sur la cuisse tawny, ça coule... .  

Poils : Toison noire et lustrée, réglisse moite presque bleue, l'autre cuivre ou laiton : mon désir divaguant, sexes posés contre la hanche d'une autre, comme des femmes à femmes, cotylédones, gousses, haricots palpitants... Qu'attendent-elles ?  

Rien : Le moment de leurs âmes branchées l'une à l'autre. Rien, la communication de leurs esprits béants, encastrés l'un dans l'autre comme le sont leurs seins.  

Silence : Le silence devient âpre, le silence devient lourd : on ne sait ce qu'il cache, ça vibre en filigrane, on devine que se pressent des vocables et des mots, des cris et des clameurs, des murmures, des geindres et des gémissements. Elles s'écoutent, lointaines, percevant ces faux-bruits, vibrations incertaines. Mais n'y prenant point garde. Elles s'écoutent, silence vociférant, elle s'attendent. 

Tigresses : Une odeur de fauve se renforce, odeur d'après l'orage d'amour fait, saveur de leurs sueurs dévalant tout au long de leurs vertèbres et se perdant au milieu des sphères de leurs culs de tigresses rayées, de tigresses calmes, de tigresses de faïence qui ne se regardent pas... .  

Dieu : Où sommes-nous, Seigneur ? Dans un temple oublié, au fin fond d'un millénaire qu'on ne reverra plus, au milieu d'un désert pour complaire à un dieu farouche et dévalué ?  

Durée : Voici que cela dure...

Impatience : Voici que cela dure...

Énervement : Voici que cela dure...

Marre : Voici que cela dure...

Faiche : Voici que cela dure... 

C'est alors qu'en même temps s'élèvent les deux bras gauches des femmes. Au bout de ces bras s'ouvrent largement leurs mains, tournées vers le ciel, phalanges en éventail...

C'est alors que c'est lent...

Mais ça bouge quand même : Les mains écartelées englobent par le côté le sein droit de chacune. Durant une éternité, elles demeurent là, le coude levé,  dans la prolongement de l'épaule. Ce qui ressemble beaucoup à quelque gesture militaire.  

Eulalie  tire son sein vers l'extérieur. Le relâche. Suzanne laisse son bras retomber lentement au long de son corps, petit doigt sur une ligne imaginaire de la cuisse, comme quelque couture... Le sein d'Eulalie cogne l'autre sein, celui de l'autre femme. Et rebondissent ainsi tous les seins extérieurs. Plus tard, m'a dit Suzanne, l'effet fût bien plus bœuf si les femmes fussent trois, ou quatre en posture de même. Car alors et enfin, on aurait pu varier : six nichons en quinconce, ça peut faire rêver. Écartons deux extrêmes : à l'autre bout, deux seins s'écarteront, rebondiront. Si l'on est quatre on peut jouer de même trois à trois, quatre à quatre : les nichons rebondissent et c'est merveille à voir ! 

Et tandis qu'on entend un curieux bruit de gifle, suzanne récite les vers antiques, venus du fond des âges, la scansion  rituelle du pacte femme à femme, celle qu'on entendit chez les amazones avant que ce ne soit plus possible pour cause de mamme tranchée : 

Zoum zoum brékéké
On se toque les nénés
Pour la fidélité
Zoum zoum brékéké !

Pendant ce temps les deux seins extérieurs rebondissaient sur les autres... Notre corbeau hilare se marrait en silence.
Je demeurait calme et droit, sérieux comme un pape et triquant tel un singe. 

Eulalie répéta. Suzanne reprit : 

Zoum zoum brékéké
On se  choque les nibards
C'est- y cochon ou lard ?
Zoum zoum brékéké !  

Pendant ce temps les deux seins extérieurs rebondissaient sur les autres... Notre corbeau hilare se marrait en silence.
Je demeurait calme et droit, sérieux comme un pape et triquant tel un singe. 

Eulalie répéta. Suzanne reprit : 

Zoum zoum brékéké
On se  tope les nichons
C'est- y lard ou cochon ?
Zoum zoum brékéké  

Pendant ce temps les deux seins extérieurs rebondissaient sur les autres... Notre corbeau hilare se marrait en silence.
Je demeurait calme et droit, sérieux comme un pape et triquant tel un singe. 

Eulalie répéta. Suzanne reprit : 

Zoum zoum brékéké
On se  cogne les mamelles
On est des vraies femelles !
Zoum zoum brékéké ! 

Pendant ce temps les deux seins extérieurs rebondissaient sur les autres... Notre corbeau hilare se marrait en silence.
Je demeurait calme et droit, sérieux comme un pape et triquant tel un singe. 

Eulalie répéta. Suzanne reprit : 

Zoum zoum brékéké
Cogne les miennes et les tiennes
 S'embrassent comme des chiennes
Zoum zoum brékéké  

Pendant ce temps les deux seins extérieurs rebondissaient sur les autres, mais de moins en moins vite : la résistance de l'air empêchait ce mouvement de devenir perpétuel. Les seins internes demeuraient immobiles. Nul doute qu'un jour de belles et mamelues cosmonautes naturistes s'acoquineront ainsi dans l'espace afin de devenir sœurs lactées, sein pour sein à 100% fidèles à leur serment bondissant !  

Ou, peut-être sur Vénus...  

Notre corbeau hilare se marrait en silence. Je demeurait calme et droit, sérieux comme un pape et triquant tel un singe.

Extrait du livre "Le miroir foudroyé"

 

 

 

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